Born to Run de Bruce Springsteen

Born to Run de Bruce Springsteen

2 septembre 2022 0 Par Olivier - Ride Your Life
Temps de lecture estimé : 10 minutes
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Born to Run de Bruce Springsteen : chanson incontournable du répertoire du Boss.

Si – according to Wikipedia – il ne s’agit pas de son plus gros succès en matière de vente de singles, Born to Run est bien l’une des chansons « signature » du Boss, notamment parce qu’il s’agit de son premier single à avoir clairement cartonné aux USA, en 1975. Double disque de platine (à une époque où cela avait encore un sens, ai-je bien envie de préciser). Et qu’il s’agit d’un acte fondateur au sein de sa carrière.


Sommaire :


1- La chanson Born to Run du Boss

2- Nobody wins unless everybody wins
C’est beau, et c’est tout un programme.

3- De quoi qu’ça cause ?
De se barrer vite fait de Freehold dans le New-Jersey, avec Wendy sur le siège passager.
Et pas que.

4- Bonus track
Un cover de la mort qui tue sa race.


1- La chanson Born to Run du Boss


– Source : Youtube | Bruce Springsteen / Born to Run –

Cette vidéo a été shootée à l’attention des chaînes musicales, MTV en tête, en 1987, soit 12 ans après la sortie du titre.
Il n’y a pas de vidéo originale de 1975, parce qu’à l’époque, le clip n’était pas encore devenu un vecteur essentiel de l’industrie musicale.

Il s’agit d’un montage issu de la tournée Born in the U.S.A. Tour, avec plusieurs séquences de la chanson en elle-même, et d’autres séquences tournée à l’occasion de la tournée en question.

Au début, tu peux entendre…

Ouais, suspens de ouf, faut lire le chapitre suivant.


2- Nobody wins unless everybody wins


Soit « Personne ne gagne à moins que tout le monde ne gagne » en Français.

C’est beau.

Et c’est assez Springsteenien dans l’esprit.

Bruce Springsteen, au moins au travers de ses chansons et de pas mal de ses engagements, c’est le chantre de l’Amérique (et pas que – cf. son soutien aux employés de Manufrance il y a… ben un moment) populaire (tant qu’elle vote démocrate, de préférence, si j’ai bien suivi), celle de l’industrie, même si elle est comme qui dirait pas très Greta Thunbergienne.

Bref, il est le défenseur des jacquouilles États-Uniens, regardés de haut, considérés comme crados par les cols blancs de la Silicone Valley (qui seraient bien emmerdés si les jacquouilles n’œuvraient pas) et autres promoteurs des crypto-monnaies, ce type de monnaie à vocation essentiellement spéculative et hors de contrôle des états, présentée comme étant un big fuck adressé aux vilains capitalistes (traditionnels), tout en étant marketés et promus par des gourous du web 3.0 jvaistlamettrebienprofond.

P’tain, j’attends avec délectation que Bono (de U2, pas Jean) en fasse la promotion.

« Nobody Wins unless nobody Wins »


Alors ce Nobody wins unless everybody wins lancé avant Born to Run, d’où qu’il sort ?

Là, y a pas à tortiller, j’ai dû chercher, chercher, chercher (ouais, j’me fais mousser), et j’ai trouvé cet article qui apporte quelques éléments d’explication. On y trouve notamment ceci :

« I used to do this thing back in the mid-‘80s … where before ‘Born to Run’ I would say that ‘Nobody wins ‘less everybody wins’ and, uh … for a long time I stopped saying that. I stopped saying it because … there was a point where I felt it was naïve and that’s not the way that the world goes around … but for the past 30 years, since the Reagan administration, the middle class, the working class people got so squeezed … that … really that idea is all we have, that we’re sitting on the precipice at this moment, we need affordable health care for each and every American … so nobody wins ‘less everybody wins. »
– Source : https://www.njarts.net/new-benefit-t-shirt-reminds-us-via-springsteen-quote-nobody-wins-unless-everybody-wins/

Ce qui donne approximativement :

« J’avais l’habitude de faire ce truc au milieu des années 80, avant « Born to Run ». Je disais « Personne ne gagne à moins que tout le monde ne gagne » puis, pendant longtemps j’ai arrêté de dire ça. J’ai arrêté de le dire parce qu’il y a eu un moment où j’ai senti que c’était naïf et ce n’est pas comme ça que le monde tourne… Mais depuis 30 ans, depuis l’administration Reagan, la classe moyenne et les gens de la classe ouvrière ont été tellement épongés que vraiment cette idée est tout ce que nous avons : nous sommes actuellement assis au bord du précipice, nous avons besoin d’une couverture socio-médicale pour chaque Américain … donc personne ne gagne moins que tout le monde ne gagne. »

De là à dire que Bruce a été l’instigateur de l’Obama Care, il n’y a qu’un pas, que je ne franchirai pas, vu que nous sommes au bord du précipice.


Bruce Springsteen vs. Ronald Reagan

Mais qu’est-ce qu’il nous fait le Bruce à citer Ronald ?

Forcément, pas besoin d’aller chercher bien loin pour mettre en avant le fait que Bruce est un fervent partisan du camp démocrate, et tout autant un anti camp républicain acharné.
Outre ses convictions et son engagement manifeste vis-à-vis des classes populaires, Bruce est un artiste, et aux USA, du point de vue de la majorité des artistes (et plus encore du point de vue éloigné des Européens), les gentils sont démocrates et les méchants sont républicains. On lave sa conscience comme on peut, et à chacun sa grille de lecture, puis ce manichéisme est tellement pratique, ne nous mentons pas.

Mais dans ce cas précis, il y a Ronald Reagan, et Bruce entretient 2 contentieux ainsi qu’un lourd passif avec ce président et les républicains :

  • La politique sociale et économique de Ronald Reagan.
    Ronald Reagan a porté une doctrine ultra-libérale : baisses importantes des taux d’imposition profitant massivement aux classes les plus aisées et désengagement de l’état (baisse des dépenses… sauf des dépenses militaires, qui ont explosé – si j’ose m’exprimer ainsi).
    Si le bilan des années Reagan donne lieu à des batailles idéologiques, rarement objectives (mais comment être objectif ici-bas, j’te l’demande), on peut sans trop se fourvoyer estimer que Reagan a redonné du poil aux USA, avec une politique extérieure agressive, une politique économique tournée vers la création d’emplois (ce qui ne signifie pas enrichissement des masses, n’en déplaise aux partisans de cette doctrine). Enfin bref, il était surtout un ardent défenseur de la théorie du ruissellement, sur laquelle je ne m’étendrai pas parce que bon, voilà, hein.
  • Outrage suprême : l’utilisation par le camp républicain de la chanson « Born in the USA » à l’occasion de la campagne de Georges Bush (successeur de Reagan en 1988).
    L’histoire plus détaillée de cette chanson, je te la conterai au sein d’un autre article, et tu y découvriras que la mémoire collective nous joue souvent des tours.
    Pour te résumer le truc et sans spoiler l’article à venir (update : ça y est, il est viendu), Ronald Reagan ne cita pas la chanson durant sa campagne de réélection de 1984, mais y fit une allusion assez claire.

Fin’ bref, ça n’est pas dans l’ADN de Bruce que de révérer le camp républicain, et v’là la contexte de l’impossible conciliation entre les 2 gaziers.
Et donc le contexte du « Nobody wins unless everybody wins », qui est tout de même un concept assez puissant et, je le dis sans aucune moquerie, magnifique. Comme Bruce.


3- De quoi qu’ça cause, Born to Run ?


À priori, pas de crypto-monnaie, ou alors j’ai loupé un truc.

Et pour rappel, au cas où je t’aurais légèrement embrouillé(e) à l’occasion du chapitre précédent, nous causons de Born to Run, pas de Born in the USA.

Si tu lis survoles les paroles, ça cause pas mal de bagnole (Highway 9 / Chrome wheeled, fuel injected / rearview mirrors / highway’s jammed…), et ça pourrait presque ressembler à un genre de road-trip en muscle car.

Puis forcément, en lisant plus attentivement, tu as tout de même une Wendy qui apparaît, et à un moment, ça part même en métaphore ultra charnelle :

« Just wrap your legs ’round these velvet rims
And strap your hands ‘cross my engines
»
– Extrait des paroles de Born to Run de Bruce Springsteen –

« Enroule tes jambes autour de ces jantes de velours
Et enlace mes moteurs de tes mains
»

Mon Dieu Bruce, mais quel fripon tu fais, j’en ai les injecteurs tous stimulés.

Et puis et puis… y a encore tout plein de trucs.

Alors en seconde lecture, une fois mes lunettes chaussées, je lis l’histoire d’un p’tit gars de Freehold dans le New-Jersey (charmant patelin qui compte actuellement environ 12 000 habitants – chèvres et vaches non comprises) qui sent bien qu’il va finir garagiste mal payé ou devoir se taper 100 bornes A/R minimum pour aller bosser en usine, et que ça ne le fait pas rêver. Il y a urgence, il doit tracer la route, direction far away from there ; pour les détails, on verra bien en route.

Wendy, c’est une chérie du moment, qui lui permet de rêver et de dire « viens chérie, j’t’emmène loin dans ma [imagine la voiture de ton choix] afin de vivre notre vie, parce qu’ici, nous allons crever ».

Vers la fin, il évoque plusieurs fois l’expression « tramps like us » (littéralement « des clochards comme nous » – qu’il faut à mon avis plus interpréter comme « des bohèmes comme nous ») :

« Oh honey, tramps like us
Baby, we were born to run
»

J’te dispense de la blague de « La Vérité si je Mens », avec la version remaniée de « La Bohème », vu que Bruce, il doit rouler en US car, pas en BMW.

P’tain c’est ballot, elle me fait rire cette scène.


Un acte fondateur

Ouaip, je sais, ça fait grandiloquent comme expression. M’en fous, je grandiloque de temps en temps.

« J’ai vu l’avenir du rock and roll, il s’appelle Bruce Springsteen. Une nuit où j’avais besoin de me sentir jeune, il m’a donné l’impression que j’écoutais de la musique pour la toute première fois »

Ça n’est pas de moi, même si j’approuve ; j’t’en dis plus, plus bas.

Si la carrière de Bruce n’a pas commencé en 1975, elle piétine (probablement plus de son point de vue qu’autre chose) car il n’a pas encore obtenu le Graal : un titre bien classé au sein des charts US.

Pourtant, il a déjà sorti 2 albums avant de proposer ce Born to Run qui lui a amené une reconnaissance bien plus large, et a déjà été notamment remarqué par Jon Landau (manager d’artistes, producteur & critique musical » qui a déclaré après avoir assisté à l’un de ses concerts :

« I saw rock and roll future, and its name is Bruce Springsteen. And on a night when I needed to feel young, he made me feel like I was hearing music for the very first time ».

« J’ai vu l’avenir du rock and roll, il s’appelle Bruce Springsteen. Une nuit où j’avais besoin de me sentir jeune, il m’a donné l’impression que j’écoutais de la musique pour la toute première fois ».

Y a tout de même plus dégueulasse comme review d’un concert, et ce fut assez prophétique si nous nous référons à la suite de la carrière du Boss.

Le Jon Laudau coproduira d’ailleurs par la suite pas moins de 3 albums du Boss, dont Born to Run. Pas mal dans un CV.

Alors oui, l’album Born to Run et notamment la chanson éponyme constituent des actes fondateurs dans la carrière de Bruce.

Il faut tracer ta route, te bouger si tu veux arriver quelque part, et ainsi t’émanciper. American Dream oblige.

Alors, en pinaillant, cette solution assez individuelle peut sembler comme étant aux antipodes du « Nobody wins unless everybody wins », puisque la chanson traite de la salvation d’un individu (et de sa chérie) et non pas de tout le monde.

Mais d’une part il s’agit d’une chanson qui raconte une histoire à la première personne, et d’autre part, nous pouvons également nous dire « Sauve-toi toi-même, tu sauveras les autres ». Pas directement, mais indirectement. En plus il a emmené Wendy dans sa caisse, alors il ne propose pas de sauver uniquement sa peau, hein.

Ouais, parce que j’suis sûr qu’il y en a qui laisseraient Wendy à Freehold… Les salopiots !


Et qu’en dit la science ?

Si je me réfère aux travaux de Jacob Jolij, Born to Run remplit toutes les conditions pour être classée au sein d’une sélection feel good songs (à quelques pétouilles près avec lesquelles je m’arrange) : beat à 146 BpM (le chercheur en neurosciences précise 150 BpM minimum, là tu flaires tout de même l’entourloupe du compte rond), compo en tonalité majeure et paroles positives (« viens chérie j’t’emmène loin » c’est positif, comparé à « chérie, faisons l’amour une dernière fois avant que nous crevions tous à cause d’un accident nucléaire »).

Bon, on s’en fout un peu à la limite de ces critères, la chanson est plutôt entrainante & joyeuse, même si elle cause de let’s run far away from this fuckin’ trap we’re caught in.

J’affirme donc scientifiquement que Born to Run est une chanson qui te fait te sentir bien (toujours plus que « Ne me quitte pas » de Jacques Brel).


Suicide Machines

Dans le premier couplet, Bruce dit notamment :

« At night we ride through the mansions of glory
In suicide machines
»

L’expression « suicide machines » ruine d’un coup le concept d’ode à la bagnole, particulièrement des muscle cars.

En fait, prise dans un contexte plus large et tout à fait en accord avec les « mansions of glory » – littéralement les manoirs de la gloire, qui peut être développé en « tout ce qui brille ou attire (les papillons de nuit) », l’expression fait allusion à tous les pièges de la vie rock and roll (ou pas) qui te font crever plus jeune : les muscle cars, la came, le sexe à gogo et l’argent facile.

Ainsi, comme c’est le cas pour de nombreuses chansons, tu peux trouver / deviner / voir beaucoup de choses.

Born to Run, loin d’être un hymne aux runs sauvages en voiture ramène celle-ci au simple moyen de tracer la route loin de Freehold, pas plus, pas moins. Et de permettre une p’tite métaphore bien charnelle (j’m’en remets pas encore du coup de « Just wrap your legs ’round these velvet rims
/ And strap your hands ‘cross my engines
»).


4- Bonus track : le cover par la belle Amy


Qui égrène ces mots, passant par les studios de OÜI FM qui – je vais être très objectif – reste l’une des radios les plus pétées de l’univers (si nous faisons abstraction du jingle que l’on peut entendre au début de la vidéo), avec bien entendu RCL (Radio Côte de Lumière, LA radio FM du Pays des Olonnes dans les années 1980 – mais j’en causerai très certainement un de ces jours au sein d’un billet du Blog).


– Source : Youtube | Amy Macdonald / Born to Run (cover Bruce Spingsteen / live @ OÜI FM) –

Je ne vais pas te raconter d’histoire, je kiffe Amy.

Mais là, indépendamment de ma kiffance, c’est un énorme cover guitare / voix, qui fait briller cette chanson mythique avec toute la grâce de ma chère Amy (à laquelle j’écris ces quelques fleurs, avec mon cœur à l’intérieur).

Comme diraient les inénarrables jurés des télé-crochets, Amy s’est appropriée la chanson et l’a tellement merveilleusement incorporée à son univers musical que l’histoire qu’elle raconte, ben j’la comprends, tu vois l’truc ?

Et les cuistots 3.0 : cette recette revisitée de Born to Run provoque une délicate explosion (oxymore… than this?) dans nos oreilles devenues des palais pour l’occasion.

Sinon, plus simplement : Amy déchire tout et putain que c’est bon !


Comme évoqué plus haut, nous causerons de nouveau de Bruce prochainement à l’occasion d’un gros plan sur le very misunderstood (par certains) Born in the USA.

Bisous mes chéris 🙂

Olivier



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Crédits :

Illustration principale : Image par Mark stanley de Pixabay
La voiture présentée est une Dodge Coronet (dixit le photographe, et pourquoi ne le croirai-je pas, ignare que je suis) coupée version chelou
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Sources documentaires :

Wikipedia
https://www.njarts.net/new-benefit-t-shirt-reminds-us-via-springsteen-quote-nobody-wins-unless-everybody-wins/



Auteur de l’article :

Born to Run de Bruce Springsteen
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