One-Hit Wonder

One-Hit Wonder

S’il y a bien un terme – parmi les nombreux qu’utilise l’industrie musicale – qui est ambigu, c’est celui de « One-Hit Wonder ».

En effet, derrière cette expression, il y a de multiples réalités, et j’ai envie de dire que dans nombre de cas, cette expression pourrait être remplacée par « l’arbre qui cache la forêt ».


Sommaire :


1- Qu’est-ce qu’un One-Hit Wonder ?
Excellente question, que je te remercie vivement d’avoir posée, me trouvant ainsi face à une multitude de réalités.

2- One-Hit Wonder et cas particuliers
Selon le référent (Europe, Monde, pays d’origine…).

3- La Sélection RYL de One-Hit Wonders
Que d’la balle, forcément.

4- Bonus track


1- Qu’est-ce qu’un One-Hit Wonder ?


Prenons la définition proposée par Wikipedia version frncophone (one-hit wonder est traduit par « succès sans lendemain ») :

« Un succès sans lendemain (en anglais one-hit wonder) est une chanson ayant connu un grand succès populaire, interprétée par un artiste (chanteur, chanteuse ou groupe de musique) n’ayant jamais connu d’autre véritable succès dans sa carrière. On parle aussi de « tube unique ». »
– Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Succ%C3%A8s_sans_lendemain

Cette définition me laisse – je l’avoue – sur ma faim et recèle déjà sans lot d’ambiguïté et je préfère celle de la version anglophone, à mon sens plus complète et qui dissipe quelques malentendus (mais en induit d’autres) :

« A one-hit wonder is any entity that achieves mainstream popularity, often for only one piece of work, and becomes known among the general public solely for that momentary success. The term is most commonly used in regard to music performers with only one hit single that overshadows their other work. Some artists dubbed « one-hit wonders » in a particular country have had great success in other countries. Music artists with subsequent popular albums and hit listings are typically not considered a one-hit wonder. One-hit wonders usually see their popularity decreasing after their hit listing and most often do not ever return to hit listings with other songs or albums. »

Le malentendu possible – à mon sens – vient du passage « often for only one piece of work » (souvent pour une seule de leurs œuvres), parce que de mon point de vue, c’est précisément tout le sens de l’expression.

L’une des parties très intéressantes de cette définition, c’est « Some artists dubbed « one-hit wonders » in a particular country have had great success in other countries » (certains artistes connotés « one-hit wonder » dans un pays en particulier ont connu d’autres succès importants dans d’autres pays).



2- One-Hit Wonder et cas particuliers


Je suis assez tenté de te dire que les cas particuliers des one-hit wonders sont à la chanson ce que les verbes irréguliers sont à la conjugaison : ça fait du monde.


Champion du monde un jour, Champion durable dans ton pays

Le groupe Opus avec son Live is Life (gros et pour ainsi dire seul hit mondial du groupe) est une superstar en Autriche (50 ans de carrière, 11 albums, le Opus & Friends qui a réuni le gratin autrichien de la chanson durant plus de 30 ans), avec notamment un fabuleux chanteur – Herwig Rüdisser – et un super guitariste – Ewald Pfleger, ou encore le groupe allemand Nena avec son hit international 99 Luftballons (hymne pacifiste et cathartique des jeunes générations allemandes post-seconde guerre mondiale), qui se trouve également être le nom de scène de la chanteuse – laquelle a vécu notamment à Hagen, et je ne te précise pas cela juste pour te dire que j’ai épluché sa bio, mais plutôt parce que ça donne Nena Hagen (j’trouve ça super drôle, et je ne suis pas persuadé qu’il s’agisse totalement d’un hasard) – qui a à son actif 5 albums avec le groupe et plus de 20 albums solo, et qui demeure une artiste ultra-appréciée en Allemagne (et à Messey-sur-Grosne, j’dis ça si jamais tu nous lis, Nena).

Côté britannique, nous pouvons prendre les exemples de Snowy White avec son Bird of Paradise ou encore Al Stewart avec son Year of the Cat.
Pour ces cass, le passage with only one hit single that overshadows their other work (avec seulement un single à succès qui qui éclipse leurs autres œuvres) colle parfaitement et rejoint l’idée de « l’arbre qui cache la forêt ». En outre, il s’agit de chansons assimilables à des one-hit wonder dans certains pays (dont la France), tout autant que des chansons « signature » en Grande-Bretagne.

Pour ce qui concerne l’Afrique du Sud, le chanteur Crocodile Harris obtint un gros succès international avec la chanson « Give me the Good News ». Crocodile Harris, dans son pays natal, c’est 30 ans de carrière et plusieurs succès (ainsi qu’un décès prématuré).

Tous ces chanteurs & groupes ont effectivement connu un très gros succès international avec ces titres en particulier, mais ont une carrière souvent assez impressionnante au sein de leurs marchés domestiques respectifs (et parfois au sein d’autres pays).
La liste des exemples pourrait être très longue.

Cela nous ramène au fait que la notion de one-hit wonder résulte souvent de la vision mondiale (ou globale façon mondialisation musicale) – ou propre à un marché donné – d’un artiste dont la carrière est observée par le trou de la serrure.


Les « Sometimes, shit happens »

Ou syndrome du chat noir.

Entre les querelles d’ego, les diverses manipulations subies et les coups du sort, le destin réserve parfois quelques vacheries à des chanteurs ou groupes promis à une belle carrière.

Je prends les quelques exemples suivants.


Kajagoogoo : un seul ingrédient manque, et le groupe est dépeuplé

Le groupe Kajagoogoo a connu un gros succès mondial avec le titre Too Shy – incontournable à la radio au moment de sa sortie, en 1983, produit par Colin Thurston (le chanteur Limahl avait rencontré Nick Rhodes – claviériste de Duran Duran, qui lui avait présenté leur producteur).
Au-delà du fait que j’ai cherché (comme un ouf’) et suis dans un état de fierté quasi extatique pour t’avoir déniché cette info, le truc rigolo dans l’anecdote, c’est que grâce à cette production (et la promotion qui va bien de la part de la maison de disques EMI), Too Shy fut classé dans les charts UK… avant même que Duran Duran n’obtienne un tel succès (mais après, ça s’est vachement mieux passé pour mes chouchous de Duran Duran).

À l’issue de ce succès retentissant, le groupe s’est séparé de Limahl (embrouilles d’ego classiques, chaque partie se rejetant la faute), ce qui ne lui réussit finalement pas bien, puisque si malgré 2 autres apparitions au sein des charts UK, le groupe ne connut plus de succès à l’étranger. Donc paf, vengeance du destin, Kajagoogoo reste un one-hit wonder à l’international.

Note pour les artistes : quand tu rencontres le succès avec une formule, ne la change pas si tu veux renouer avec ledit succès. C’est comme pour la cuisine : parfois, retirer un seul ingrédient ruine la recette.
N’est pas Genesis qui veut.


Le cas Propaganda, un two-hits wonder

Oui, je triche un poil, mais le cas du groupe Propaganda est intéressant.

Pour résumer, après avoir obtenu deux gros hits internationaux (avec les chansons Duel et p.Machinery), les membres du groupe ont été égarés par une maison de disques en mode presse-citron et à quelque avocat opportuniste en mal de contrat, ce qui amènera à la chanteuse Claudia Brücken à quitter le groupe et à s’embarquer sur un autre contrat, ce qui aboutira à la fin du succès pour Propaganda.

Et là, nous avons un beau gâchis dans le domaine de la musique, parce que ce groupe était très prometteur et s’inscrivait parfaitement dans les années 1980 et son ambiance tumultueuse, riche aussi bien en trucs discutables qu’en révélations tout à fait délicieuses.


Taxi Girl : le chat noir

Le groupe Taxi Girl – emblématique de l’émergence de la New-Wave en France – est surtout connu pour son titre Cherchez le Garçon. Il s’agit du seul des 7 singles du groupe à avoir obtenu un classement significatif (as far as I know) au sein des charts hexagonaux (pour les autres, ça tient plus du succès d’estime).

Autre point remarquable dans l’histoire de Taxi Girl : l’album Seppuku du groupe s’est écoulé à 50 000 exemplaires. Sur la fiche Wikipedia, je peux lire « ce disque ne connaîtra pas de véritable succès (à peine 50 000 exemplaires) ».
Mmmmm… « 50 000 exemplaires », cela va tout de même bien au-delà du succès d’estime et le « à peine » me semble assez mal venu, en fait (et aurait souvent fait la joie des maisons de disques de certains artistes plus en place).


L’OVNI Gérard Manset

Si je parle d’OVNI pour qualifier Gérard Manset, ça n’est pas parce qu’un animateur l’avait présenté – à l’occasion de sa chanson « Il Voyage en Solitaire ») en disant quelque chose comme « un garçon étrange, mais la chanson est jolie » (désolé, je ne parviens pas à retrouver la vidéo, mais il me semble que l’animateur en question était Guy Lux – oui, les lancements de la part des animateurs sont parfois… j’sais pas trop comment dire… et puis il est étrange en quoi, Gérard ?).

C’est bien plus parce que tu trouveras régulièrement l’expression « le mystère Manset » pour qualifier ce génie (oui oui) de la musique. Génie qui n’a jamais voulu se laisser happer par les mâchoires du show-biz et des médias.
Ses apparitions à la télévision sont rarissimes (et forcément événementielles), et Gérard n’a jamais joué en public, en plus de 50 ans de carrière.

Accessoirement – oui, l’air de rien, Gérard a produit ce que l’on peut considérer comme le premier album de rock symphonique / progressif dès 1970 avec La Mort d’Orion, disque OVNI (oui, encore) en son temps, qui s’écoula à environ 20 000 exemplaires, chiffre tout à fait considérable au sein d’un pays qui découvrait à peine les Pink Floyd et n’était pas forcément encore prêt à acheter massivement ce type de musique.

Au préalable, Gérard avait déjà obtenu un succès d’estime avec la chanson « Animal on est mal », mais la situation chaotique qui régnait alors en France (genre mai 1968) fit que le succès fut principalement radiophonique, le titre passant pour ainsi dire en boucle sur les radios (en mal de nouveautés rapport au tumulte ambiant). Le disque ne se vend pas énormément, mais la France découvre Gérard Manset. Pour notre bien à tous.

J’y reviendrai ultérieurement au sein d’un article qui sera dédié à la chanson Il Voyage en Solitaire en particulier, et plus largement à Gérard et son œuvre considérable.

Gérard Manset, que je ne pourrai probablement jamais interviewer, et ça c’est triste (pour moi).

D’ailleurs, en attendant, je me sens obligé (et j’en ai surtout très envie) de te proposer ce titre dès maintenant :

– Source : Youtube | Gerard Manset / Il voyage en solitaire (clip promotionnel de 1975) –

Les Cumulards

Il y a des malins partout, même dans le domaine des One-Hit Wonders. Ils cumulent, mais sans différentes identités !


Jim Diamond et Ph.D

(non, ils ne sont pas dans un bateau… roh…)

Jim Diamond, ses mimiques de clown et sa voix totalement exceptionnelle a la particularité d’avoir obtenu un one-hit wonder sous son nom, et un autre via son groupe Ph.D.

J’te prépare un article détaillé pour un de ces jours


Lou Deprijck, membre éminent du royaume du Belgistan (gloire au Belgistan !) a endossé un paquet d’identités au fil de sa carrière dont : Two Man Sound (cherche pas s’il y a une faute d’accord, c’est une blague belgistanaise), Lou and The Hollywood Bananas… et il fut la voix de l’enregistrement du Ça Plane pour Moi de Plastic Bertrand.

Et le mieux, c’est qu’à chaque fois, ça a très bien fonctionné (plus ou moins localement, mais tout de même).

Même remarque que pour Jim Diamond : c’est dans la cooking-list de rédaction.


Et puis… et puis… tout un tas de cas de figure, encore, sans doute.

L’une des raisons est que l’alchimie qui mène au succès n’est pas toujours reproductible, surtout si tu enlèves un ingrédient.

D’autres fois, une certaine saturation du marché amène les maisons de disques à ne pas reproduire l’expérience (= pas de budget suffisant pour réaliser un bon disque), parce qu’un ras-de-marée est en cours.
Je pense notamment à l’âge d’or du disco, qui a entraîné nombre d’artistes jetables, non pas par manque de talent, mais parce qu’un talent en chassait un autre, alors pourquoi se fatiguer ?

D’autres fois encore, cela a pu survenir du fait de l’artiste ou du groupe, qui a décidé d’aller peindre des nus ou élever des alpagas.

Ainsi, le one-hit wonder n’est pas toujours une fatalité (mais c’est arrivé, cf. quelques exemples énoncés précédemment), et la survenue du phénomène est assez souvent peu explicable, sauf à aller fouiller dans des détails de la vie des artistes concernés (et la vie étant un ensemble de détails…, peu de ce que l’on qualifie de détail est sans importance).


3- La Sélection RYL de One-Hit Wonders

(et chansons assimilées)


Tel un (ramier) opportuniste, je te propose en premier lieu au sein de cette liste quelques articles déjà parus dans le cadre de séries telles que Songs From the Attic ou Autour d’une Chanson (pour ne pas dire essentiellement). Mais qui ont de p’tits airs de one-hit wonder…

La liste sera mise à jour au fur-et-à-mesure de ces publications à venir.


  • [à venir ]

4- Bonus track


– Source : Youtube | Daniel Balavoine / Le Chanteur –

Putain d’hélico.


Affaire à suivre…


Ben oui, il va y en avoir quelques uns à être publiés au cours des semaines à venir, des articles sur des one-hit wonder.

À bientôt et bisous 🙂

Olivier



Crédits :

Illustration principale : Image par Pete Linforth de Pixabay
Musique et vidéos : Youtube et les ayants droit
Les sociétés, personnages et marques cités demeurent l’entière propriété de leurs détenteurs respectifs


Sources documentaires :

Wikipedia
Ma discothèque personnelle
Mes souvenirs & coups de cœur (de kid des années 1980)



Auteur de l’article :

One-Hit Wonder
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