Ice Speedway : les Fondus à Moto

Ice Speedway : les Fondus à Moto

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Ice Speedway : parfois également appelé Icetrack, ou tout simplement Courses de Moto sur Glace en français, ce sport est du genre extrême.

Ice Speedway : les Fondus à Moto
– Source : Image par skeeze de Pixabay

« Dis donc Charles, as-tu vu ces cinglés avec leurs tronçonneuses montées sur roues ? Ils sont complètement barrés ces humains ! »


Salut les loulous,

Cela faisait un moment que rédiger un billet consacré au Ice Speedway – ou Icetrack / Courses de Moto sur Glace – me démangeait.

À force de me gratter, j’ai craqué :p

Comme évoqué au sein de ce billet, la première fois que j’ai entendu parler de courses de motos sur glace, c’était dans les années 1980.
J’avais à cette époque un voisin de palier, un super copain Finlandais – Timo – qui m’avait fait découvrir ce sport… de fondus.

Je vais m’intéresser au sein de ce billet à la version « Gladiator » : le Ice Speedway version cloutée.


Sommaire du billet « Ice Speedway : les Fondus à Moto » :


1- Présentation et Historique du Ice Speedway >>

2- Les Motos utilisées pour le Ice Speedway >>

3- Les Pilotes de Ice Speedway >>

4- L’URSS puis la Russie sur le toit du monde >>

5- Quelques vidéos >>

6- Remerciements >>


Présentation et Historique de la discipline


Le Ice Speedway en quelques mots :

Peut-être connaissez-vous les courses de Speedway : des pilotes effectuent une course sur un circuit en terre battue et en forme d’anneau, avec des virages impressionnants.

Le Ice Speedway, c’est la version « gladiateurs » du Speedway : la piste est en glace, et les motos sont munies de pointes métalliques de plusieurs centimètres afin d’adhérer à la glace.

Le principe de la course est sensiblement le même qu’en Speedway : 4 pilotes s’élancent sur une piste – glacée, pour le coup – plus ou moins en forme d’anneau, avec quelques lignes droites.
4 tours et la course s’arrête. On compte les survivants.

Et ça n’est pas parce que cela se déroule sur la glace que ça roule lentement : environ 90 km/h dans les courbes, et jusqu’à 130 km/h dans les lignes droites.

Un sport de « fondus », très peu médiatisé en France – comme beaucoup de sports, hélas…


Historique :

Il n’est pas simple de déterminer précisément quand les premières courses de motos sur glace ont eu lieu. Déjà, il a bien fallu que quelques aventuriers aient l’idée de rouler sur la glace avec ce qui devient alors un hybride entre une patinette et un cheval fou.

La première trace « officielle » d’une course sur glace remonte à 1924 ; cela se passait en Suède.
Car oui, les courses de motos sur glace sont nées dans des pays au sein de laquelle la neige et la glace font partie des populations indigènes. Le désert du Kalahari s’y prête moins :p

Tout laisse à penser que c’est donc à la Suède que l’on peut attribuer la paternité de ce sport.

Dans les années 1930, le sport s’est organisé, et des compétitions ont commencé à prendre place régulièrement.

Les voisins Soviétiques ont vite emboîté le pas : ça n’était pas parce qu’on était communiste qu’on avait pas une énorme paire de… pneus cloutés. Et puis en Sibérie, on se fait pas mal chier en hiver.
En plus, c’était bien pratique : les motos se nourrissaient de méthanol, la base de la vodka frelatée qui a fait – hélas – tant de ravages.
Car oui, l’alcool méthylique dope les moteurs mais raccourcit radicalement leur durée de vie. Chez l’humain, c’est la même, sans passer par la case dopage.

À la fin des années 1930, on assiste donc aux premiers runs de Ice Speedway en URSS.

Une histoire passionnelle allait alors lier les Russes et ce sport pour très longtemps. Et cela dure encore.


Développement international :

La seconde guerre mondiale a forcément… gelé la progression de ce sport – au profit du ski de fond et du tank-cross.

Au sortir de cette grande boucherie, des championnats furent organisés tant en URSS que dans les pays Scandinaves : la transition vers l’ère « industrielle » commençait à toucher ce sport.

Quelques autres pays emboitèrent le pas à l’URSS et la Suède : la Finlande, la Tchécoslovaquie, et même l’Allemagne et l’Autriche.
Et pendant une courte période : notre beau pays pas gelé.

Les USA, jamais en reste de « créativité », ont créé leur propre championnat.
Comme ils n’avaient pas le clou cran d’affronter les Russes (et aussi parce qu’ils aiment bien penser que le monde gravite autour de leur pays), ils ont en effet créé l’ICE (acronyme subtil pour International Championship Events).
La FIM (Fédération Internationale de Motocyclisme) ne s’est pas laissée contaminer (ça n’est pas l’ONU) par les positions unilatérales de l’Oncle Sam et n’a donc pas reconnu leur « championnat du monde ».
Sans doute la FIM a-t-elle considéré la création de ce championnat comme étant une bouderie.

Cette histoire n’est pas sans rappeler celle des championnats US de Karaté dans les années 1960/1970, dont les lauréats se targuaient d’être « champions du monde ».

Ben ouais, ailleurs, c’est la zone, c’est pas le monde.


Le Ice Speedway en France :

C’est dans les années 1970 que le Ice Speedway a été « importé » en France, sous l’impulsion de Henri Brizard (quel fun s’il s’était prénommé Marie…).

Plus de détails à ce sujet ici.

Comme l’indique cette partie de l’article Wikipedia, l’aventure a pris fin en 1990. Mais ça, Jean Leloup ne l’avait pas vu venir :p


Les Motos utilisées pour le Ice Speedway


Les motos utilisées pour le Ice Speedway sont relativement rudimentaires.
Entendons par ceci que la mécanique est rustique – le bloc Jawa n’a quasiment pas évolué – et la partie-cycle est plutôt dépouillée.

Pendant trèèèèèès longtemps, il s’agissait de motos Jawa, une marque Tchécoslovaque. Ben voui, du temps de la Tchécoslovaquie, on disait « Tchécoslovaque ». Il faut dire que ces machines coûtaient peu – de là à dire que l’on pouvait les acheter en faisant un Tchèque sans provision… tout de même…
Autre explication tout à fait simple : la Tchécoslovaquie faisait partie du « bloc de l’Est », ce qui faisait de Jawa une marque de choix pour les pionniers de cette discipline.

Je ne sais par contre pas s’il y a eu des courses de voitures sur glace avec des Trabant ou des Lada…


Une moto de marque Jawa type Café Racer
– Source : « Most of a Motorcycle » by Elsie esq. is licensed under CC BY 2.0

Une moto Jawa – peut-être de Broadway, mais pas pour les courses sur glace…


Blague mise à part, la mécanique rudimentaire des Jawa convient parfaitement à ce type de course.
Surtout quand on sait que les bêtes sont alimentées au méthanol (un truc qu’il ne faut surtout pas boire).
Ainsi dopés, les moteurs développent 55 à 60 ch. Pas mal pour un monocylindre 4 temps léger comme une mobylette.
Durée de vie d’un moteur : quelques courses.


Motos de Ice Speedway de nos jours :

Believe me or not: elles sont encore construites autour de moteurs Jawa. Increvables (enfin si, parce que gavés au méthanol, mais bon, ça tourne le temps qu’il faut).

Au niveau partie-cycle, ça a tout de même pas mal évolué : suspensions Ohlins (si si, ces tronçonneuses roulantes sont suspendues), cadre spécifiques – made in the Netherlands pour les machines au top.

Pour le reste, ça demeure assez roots : le strict minimum.
Un réservoir tout rikiki (ça n’est pas pour faire Paris-Marseille, donc 2 litres ça va bien), un guidon (voui c’est mieux), un accélérateur (en mode essorage), des freins, surtout arrière afin de calmer la bête si elle cabre (et dieu sait qu’elles ont tendance à cabrer).

À noter la présence d’imposantes protections au-dessus des roues afin de minimiser les risques de blessures en cas de chute.
Cela dit, pas mal de pilotes conservent de nombreuses cicatrices : une chute d’un pilote suivi d’un copain qui lui roule dessus permet de faire le stock de cicatrices qui va bien.


Des pneus avec du mordant :

Ice Speedway : les pneus ont les crocs !
– Source : Huhu Uet [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)] –

C’est en effet le moins que l’on puisse dire.
D’un autre côté, rouler sur la glace en moto avec des pneus « slicks », ça ne viendrait pas à l’idée…

Il y a environ 150 de ces crocs métalliques sur le pneu avant, et plus de 200 sur le pneu arrière.
Taille des crocs : 28 mm. Moins flippants que ceux d’un smilodon, mais métalliques, bien plus nombreux et en mouvement façon tronçonneuse.

Ice Speedway : des pointes moins longues que les dents du Smilodon... mais bien acérées, et en métal
– Source : Image par Parker_West de Pixabay

« Non Diego, tu ne participeras pas à la course »


Ça vous dit d’aller faire un tour ? 😀


Des motos hors-normes :

Les motos de Courses sur Glace sont des motos hors-normes, pour des pilotes hors-normes.

Pas vraiment adaptées aux sorties pépères entre potes, les motos de Ice Speedway sont rudimentaires mais terriblement efficaces dans leur biotope.


Les Pilotes de Ice Speedway


Les Pilotes de Ice Speedway présentent 3 caractéristiques principales.

Ils :

  • Sont gentiment cinglés.
  • Ont une foi considérable en la force centrifuge.
  • Passent une bonne partie de la course presque allongés, ce qui ne fait pas d’eux des feignasses.
    Cf. photo ci-dessous.
Ice Speedway : virages serrés
– Source : Isiwal/Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0 [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)] –

« J’sais pas c’qu’elle a, mais je trouve qu’elle vire mal aujourd’hui. Je crois que je vais me pencher plus »

Franchement, ces mecs là sont super barrés et/ou super courageux.


Le pilotage :

À la grande différence du Speedway sur terre battue, le Ice Speedway se caractérise par une très forte accroche des pneus sur la glace, et donc : pas de drift.

Conséquence : les pilotes se penchent à plus de 70° dans les courbes…
Le pied ne traine pas par terre : il est coincé entre la glace et le berlingot.

Au niveau de la position de conduite, le pilote se tient plutôt en avant. Sinon la bête cabre et là c’est « olé ». De plus, la moto tient mieux la piste avec les 2 roues en contact avec le sol :p

Ce style de pilotage est très atypique dans le domaine de la moto : aucune autre discipline ne permet aux pilotes de moto de se pencher autant.
Tout simplement parce qu’aucune autre discipline n’offre un tel grip sur la piste.


Quelques grands noms du Ice Speedway :

Pour la Suède : Bjorn Knutsson. Il restera le pilote suédois qui a remporté des courses chez les soviétiques, sur leurs terres. Et notamment la première compétition internationale s’étant déroulée en URSS.

Le Soviétique Boris Samorodov lui rendra la politesse en allant battre tout le monde en Finlande et en Suède.
Le règne russe sur la discipline n’allait pour ainsi dire pas cesser depuis cette période.

Gabdrakhman Kadyrov a été le premier multi-champion du monde soviétique.

Quelques Suédois ont tiré leur épingle du jeu : Per-Olof Serenius et Erik Stenlund totalisent 4 titres individuels, et 5 places sur le podium, ce qui fait d’eux les « non Russes » les plus capés de l’histoire de ce sport.

Parmi les pilotes de la période récente (années 2000), Nikolay Krasnikov se détache largement, avec un palmarès vraiment impressionnant : 8 titres individuels consécutifs, qui plus est, et 12 titres par équipe.
Un monstre sacré de la discipline.

Ses successeurs : Daniil Ivanov et Dmitry Koltakov.
Ils sont encore en lice en 2019 et totalisent à eux deux 6 titres individuels de champions du monde et 11 places sur le podium.
Les frères Khomitsevich (Vitaly et Dmitry) – titrés chacun 1 fois en individuel – totalisent par ailleurs 11 places sur le podium.


L’URSS puis la Russie sur le toit du monde


Les noms indiqués précédemment ne laissent aucun doute : dans le domaine du Ice Speedway, Russians rule the world.


Quelques chiffres :

Depuis l’officialisation d’un Championnat du Monde de Ice Speedway en 1966 – le Individual Ice Speedway World Championship – 47 titres ont été remportés par des Soviétiques ou des Russes (voui parce que l’URSS n’existe plus :p).
Et plus de 80 places sur le podium…
Soit 77% de présence soviétique / russe sur les podiums…

De 2010 à nos jours, c’est tout le podium des championnats mondiaux qui est carrément squatté par des Russes : ils raflent tout.


Le Ice Speedway en vidéo


Il n’y a pas énormément de vidéos en français disponibles sur Youtube.
Je vous en ai trouvé quelques unes, toutefois.


– Source : Youtube / https://youtu.be/DkgGMNYTVWo –

– Source : Youtube / https://youtu.be/hFjDio0sUYU –

Pour trouver les racines du Ice Speedway, il suffit de regarder son cousin des steppes : le Speedway.


– Source : Youtube / https://youtu.be/-1UjMC-7l4k –

Cette vidéo permet de constater la différence de pilotage par rapport au Ice Speedway : le Speedway (sur terre battue), c’est beaucoup de drift : la moto adhère difficilement au niveau de la roue arrière (c’est le moins que l’on puisse dire) dans les virages.
Le pilotage est donc basé sur une technique proche de celle du « singe » en sidecar : le pilote se déporte sur l’intérieur du virage (sinon il finit satellisé dans les tribunes :D), et le pied gauche assure le contact avec le sol.
La botte gauche se voit d’ailleurs renforcée par une semelle métallique.


Remerciements


Une fois encore à mon copain Timo 🙂

Et également à Moto Journal qui nous propose de supers vidéos, avec de l’humour et de l’action.


Si vous ne connaissiez pas cette discipline, j’espère que cette découverte vous aura plu.


La zebi les loulous Ride Your Lifers 🙂


D’autres billets sur le thème de la Moto :




Crédits :
Illustration principale : Par Steindy (talk) 11:11, 1 October 2010 (UTC)Edit:Waugsberg:Colors, rotation, crop — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11654384

Documentation : Wikipedia (ben oui :D) et http://www.fim-live.com/en/

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