Troubles de l’élection : la France des bandes

Troubles de l’élection : la France des bandes

13 juin 2022 0 Par Olivier - Ride Your Life
Temps de lecture estimé : 9 minutes
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Cela fait un moment que ça dure, ces troubles de l’élection.
C’est un symptôme, notamment généré par la France des bandes.

Il y a 60 ans encore, la France avait De Gaulle, désormais elle peine à avoir une demie dure.

Parce que j’ai beau regarder, écouter ceux qui nous invitent à faire d’eux nos champions.
Tantôt ils conspuent une partie d’entre nous, désignant des responsables de tous nos tracas, de préférence non syndiqués et ne disposant pas d’un quelconque lobby pour faire pression, tantôt ils flattent tout le contraire : des partisans influents, des lobbyiste et autres privilégiés qui en veulent « Toujours Plus » tandis que d’autres ont toujours moins.

Pourtant, elle est désirable, cette France. Pour de nombreuses raisons, on peut l’oublier quand on y habite, mais d’un autre côté, ils sont tellement nombreux à vouloir y entrer. C’est bien parce qu’elle est jolie aux yeux de nombreuses personnes dans le monde.

Nous – Français – somme ses amants désœuvrés, désemparés, en mal de ce désir ardent qu’elle mérite pourtant. Elle a des rides, c’est vrai, mais elle est tellement belle quand on lui sourit.


Alors est-ce notre faute ?

Le peuple souverain ?

La France aux Français

Le paquebot France prend l’eau

Je n’ai pas de solution, quoi que…

Bonus Tracks


Alors est-ce notre faute ?


J’ai longtemps répondu aux appels visant à cultiver l’auto-french bashing.

Cette terrible pratique sado-masochiste qui consiste à se convaincre que nous ne sommes qu’une bande de râleurs, de fainéants, de gens qui bossent moins que les autres, de Gaulois indisciplinés, de racistes compulsifs, d’assistés.

Oh, pour les bandes, nous ne sommes pas toujours tout cela à la fois.
Leurs leaders choisissent les bas instincts à titiller du bout de la langue, les flatteries opportunistes à l’endroit de corporations influentes, les caresses maladroites ou les fessées cul nu à administrer à certains.
Mais rien n’y fait, plus le temps passe, plus les troubles de l’élection s’installent.

À force d’additioner les malentendus, de multiplier les dissensions, la France des bandes nous a divisés, nous a soustrait la passion légitime que nous devons à la vraie France.

Nous n’avons pas retenu les leçons de l’histoire : nous avons laissé l’hydre aux gènes de l’Europe nous diriger. Z’ai plein d’amertume, à cause de cela.

C’est tellement vrai que cette hydre dépense une partie de nos contributions dans le financement de spots de propagande visant à nous expliquer que ça n’est pas de sa faute.

Mais du côté des winners (politiciens et commentateurs éclairés), le coupable, c’est un collectif. Celui de tous ces cons qui ne défendent pas notre démocratie à coups de bulletins de vote, parce que bien entendu, nos élus font tout ce qu’ils peuvent pour nous rendre la France plus belle, et la vie tellement plus simple.


Le peuple souverain ?


Fondement de la démocratie.

Comme en 2005, lorsque nous avons rejeté le traité de Rome, soumis à nos suffrages par voie référendaire. Un plan B a été mis en place, Rome est devenue Lisbonne, et le traité redécoré a été adopté par nos élus, ce qui en langage politicien signifie que c’est nous qui en avons décidé ainsi.

Le peuple est souverain, disent-ils, mais quand il « vote mal », les milieux autorisés contournent l’obstacle et nous font cocus.

Notre destin national est en grande partie aux mains de gens non élus (mais le peuple est souverain), et qui ne se privent pas pour la ramener à grands renforts de déclarations fracassantes et de lobbyisme bien appuyé, avec les cercles d’influence qui vont bien.

Nous sommes cocus, et pas qu’un peu.


La France aux Français


Mais quel vilain slogan.
Vraiment ?

Je ne trouve pas, bien au contraire (sauf quand il est utilisé à des fins perverses, ce qui est trop souvent le cas). Je l’appelle de mes vœux, cette France aux Français.
Pas celle qui consiste à trier selon une couleur, une ethnie ou une religion. Je parle des Français, d’où qu’ils viennent, et qui jouent dans le camp de la France.
Ces Français d’horizons divers ou « de souche », comme disent certains, qui acceptent les règles du jeu, et jouent pour elle. Qui louent ses qualités et la veulent éternelle, belle et juste (si possible, mais encore faudrait-il que nous ayons un sens commun du juste, par exemple dispensé par une éducation plus orientée vers cette valeur).

Ces Français qui font la France, tout simplement. La vraie, la lumineuse, l’investie.
Pas celle des chantres de la division, quel que soit leur bord politique. Pas celle qui vise les communautarismes divers et variés ni celle qui pointe du doigt des boucs émissaires.

Le problème n’est pas d’ordre cosmétique, parce que les histoires de couleur, c’est de la cosmétique.
Quand ça n’en est plus, ça devient vite du communautarisme.

Et puis également : la France à la France.


Le paquebot France prend l’eau


Michel Sardou l’a chanté dans « Le France ».

Alors si je connais et apprécie beaucoup la chanson, je connais également la chanson entonnée par certains le concernant. Un tissus de conneries (« facho », « misogyne » et autres bêtises).

Pourtant, cette chanson de 1976, qui peut sembler anecdotique parce qu’elle parle d’un paquebot, déclassé notamment parce que – pas de cul Lulu – 2 chocs pétroliers et autres soucis corolaires, n’est pas du tout anecdotique.

Elle parle d’un naufrage industriel, pas seulement celui des chantiers navals, mais bien celui qui était déjà annoncé dans les gènes de la France post-De Gaulle. Celle de la désindustrialisation, qui laisse un vide béant à tant de niveaux. Celui de l’emploi, bien entendu, mais également sur le plan de la dépendance.

Si dès 2020, les annonces du genre « rah la la, c’est bien malheureux tout cela, mais vous allez voir ce que vous allez voir, nous allons changer tout et ça va repartir ».
Si toutes ces annonces avaient été suivies de décisions concrètes ET réalistes, c’est à dire en lien avec les besoins des entrepreneurs ET de leurs salariés, c’eut été la plus belle réaction que nous pouvions espérer.

Nos opportunistes vont te parler de rebond sporadique de la production industrielle (forcément, après une période de forte décroissance, quand tu commences à relever le bout du nez, tu fais de la croissance… qui ne compense pas forcément les pertes liées à la décroissance, mais c’est pas grave, tu dis youpi et tu annonces des chiffres flatteurs et non corrigés des variations covidiennes).

Dans les faits, sous la poussée d’économistes forcément géniaux, la France a renoncé à l’industrie dès les années 1970, avec comme Graal l’économie tertiaire, celle des se(r)vices.
Une jolie connerie, une illusion d’optique.

La crise internationale actuelle nous révèle un autre très gros problème très lié à cette vision de l’économie moderne.

Il y a trois secteurs économiques : le primaire (agriculture et matières premières), le secondaire (l’industrie) et le tertiaire (les services graaliens, donc).

Alors le primaire, vu depuis les satellites, c’est la France des « péquenots en tracteur et en moissonneuse-batteuse », les mains dans la terre, le gasoil et les traites à payer pour tout le matos.
Celle qui nous fait manger et dont la population connait un taux de suicide de plus en plus préoccupant, situation masquée par celle de quelques malins qui raflent l’essentiel des aides européennes. Les autres peuvent conduire leurs tracteurs jusqu’à pas d’heure (habitant en zone rurale, considère que je vis dans un genre de réserve naturelle), ils en chient. Parfois jusqu’à la rupture ultime.
Pas de bol, la situation internationale du moment nous rappelle que nous avons eu comme qui dirait tendance à oublier que c’est l’auto-suffisance agricole qui a sorti la France du Moyen-Âge et des famines.

Le secondaire, c’est l’autre paquebot qui coule, celui de l’industrie, le naufrage métaphoriquement illustré par la chanson de Michel Sardou. Un mal orchestré par des penseurs adeptes du modèle de la globalisation.

Le tertiaire, c’est le mirage incarné par la City, la bourse, le monde des services aux personnes, les vendeurs de photocopieurs, de voitures, les géants du web (dont aucun n’est européen) et tutti quanti.
Le problème, c’est que tous ces services – notamment dans le négoce – il faut bien qu’ils puissent s’approvisionner. Et là, nos génies sortis d’une lampe à huile(s), ils ont trouvé un modèle idéal : les pays asiatiques et du tiers-monde, ça va devenir nos terres agricoles outre-mer ou nos banlieues industrielles.

Super.
Bon, l’emploi des jacquouilles, c’est un genre de dommage collatéral.
On va mettre quelques rustines et écoper, histoire d’entretenir l’illusion que le bateau ne coule pas, alors que la coque est rongée.

Mais dis, quand ça chie, outre le fait qu’on est pas nombreux dans le maquis (comme chante Kent dans « J’Aime un pays » – voir bonus tracks), comment qu’on fait les gars ?

Je pourrais épiloguer longuement sur ce sujet, mais je vais en rester là. Pour le moment.


Je n’ai pas de solution, quoi que…


Face aux troubles de l’élection, je te dirais bien qu’il faut recourir aux vieux gras, mais on l’évitera.

Bien entendu, après avoir écrit tout cela, tu es en droit de te faire « et toi gros malin, t’as des solutions ou bien t’es juste là pour couiner ? ».

Disons que je ne dispose pas du remède miracle, de la pilule bleue qui la referait bander, la France, comme la Femme des Années 80 ambitionnait de le faire.

Par contre j’ai quelques pistes : pour trouver des solutions, commencer par se poser les bonnes questions.

Quels sont les chantiers prioritaires ? Il y en a tant.

Quand j’étais collégien, l’un de mes professeurs de mathématiques nous répétait – à juste titre – que la résolution d’un problème commence par une lecture attentive de l’énoncé.
Merci Monsieur Lévy.

Hélas, si l’énoncé est foireux à la base, t’es pas près de trouver une bonne solution.

Alors on commence par les bases : l’éducation. Celle dispensée par les parents tout autant que celle dispensée par l’univers médiatique et l’EN. Et là, c’est la catastrophe.
Apparemment, ce n’est la faute de personne, c’est un genre de fatalité, et de toute façon la France des bandes est elle aussi issue de cette catastrophe, même si elle s’appelle elle-même « les élites ».

Il y a un gros bug au niveau du projet de société, et tout part de l’éducation.

De l’exemple aussi.

J’ai lu qu’une ancienne ministre avait découvert que le budget logement représentait en moyenne environ 20% du budget des ménages les plus modestes.
C’est bien cela le soucis lorsque l’on vit en orbite géostationnaire. On voit les choses de loin, on consulte des statistiques.
Pour de nombreux Français modestes, le budget logement (+ énergie) représente 50 à 100% de leurs ressources (si si). Triste réalité habilement cachée par un chiffre de 20% qui laisse penser « bon ben il leur reste tout de même pas mal de pognon pour la bouffe, la bagnole et les vacances à Ibiza ».
Bien entendu, en lisant « jusqu’à 100% », certains vont se dire « ben c’est pas possible, comment font-ils alors ? ».

C’est précisément le problème, enfin le leur : comment faire quand tu dois effectuer des arbitrages entre te loger, te nourrir ou payer ton énergie ?

Cette même ministre qui a expliqué en long, en large et en travers que le logement individuel, c’est une hérésie.
Alors il faut lire entre les lignes : c’est une hérésie pour le petit peuple. Comme avoir une bagnole, prendre l’avion ou aller en vacances loin. Mais pas pour les « élites ».

Lire cet article, juste pour comprendre ce que c’est, le « fais ce que je dis, pas ce que je fais », si cher à Saint-Mathieu dans son évangile.
Alors bien entendu que cette dame a le droit d’avoir un logement dont le prix représente bien plus que nous pôv’s jacquouilles ne parviendrons jamais à réunir en une vie. Tant mieux pour elle, vraiment, je suis ravi.
Mais bon, si nous osions, j’estime que nous aussi, sans prétendre à acquérir un bien aussi cossu, ayons le droit légitime de vouloir une maison, si cela nous chante, sans qu’on on dise que nous sommes des hérétiques irresponsables.

Parce que c’est ça aussi, la France des bandes : celle qui s’arroge des privilèges (ceux qui ont été abolis il y a plus de 200 ans, ASKIP), en jouit et vient nous expliquer ce que nous devons ambitionner, dans les limites de notre jacquouillerie, bien entendu.


Bonus tracks


Un florilège de chansons dont j’aime me souvenir, celle de la France qui chante, des Français qui la chantent avec amour, tout simplement.


– Youtube | Michel Sardou / J’Habite en France –

« Et la France c’est pas du tout c’qu’on dit
Si les Français se plaignent parfois
C’est pas d’la gueule de bois
C’est en France qu’il y a Paris
Mais la France c’est aussi un pays
Où y a quand même pas 50 millions d’abrutis
»
– Extrait des paroles de la chanson « J’habite en France » | Auteurs : Michel Sardou et Vline Buggy »


– Youtube | Francis Lalanne / Je reste en France –

Sacré sujet de sa majesté la France, Francis le bien nommé.

J’ai la nausée lorsque je lis ou entends des commentaires dégueulasses à son sujet.
Quelques soi-disant artistes ou chroniqueurs qui le réduisent à ses prises de position (qu’il a bien le droit de revendiquer, j’ai entendu beaucoup de choses plus virulentes ces deux dernières années, de tout bord) qui le considèrent comme un artiste foiré.

Ça me file la gerbe de voir à quel point certains lui crachent dessus, vraiment.


– Youtube | Kent / J’Aime un Pays –

Ce texte, c’est un trésor de la chanson française.
Une punchline par ligne.

« J’aime un pays pour la liberté d’expression
À condition que ça puisse rapporter des ronds
Tout est permis, de Charles Pasqua à Bernard Tapie
Aussi tant pis pour ceux qui croient à tout ce qu’ils disent
»
– Extrait des paroles de la chanson « J’Aime un Pays » | Auteur : Kent Cokenstock (Hervé Despesse de son vrai nom) »


– Youtube | Carte de Séjour / Douce France –

Voilà, c’est tout cela ma France, celle que j’aime et que je vois souffrir. Avec son peuple, qui est de plus en plus désorienté, voire orphelin.

J’aimerais que tout ne soit que Musique, LifeStyle, Moto, Tatouage, Cinéma, Bande Dessinée et loisirs, mais c’est aussi ça Ride Your Life.


À lire également sur RYL (et c’est plus fun ou sexy !) :



Bisous mes Loulous 🙂

Olivier



Crédits :

Illustration principale : Image par PublicDomainPictures de Pixabay
Vidéos & Musique : Youtube et les ayants droit
Extrait de paroles et de chansons proposés à titre pédagogique. Ces paroles sont la propriété de leurs auteurs respectifs



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