Bad News de Moon Martin

Bad News de Moon Martin

13 octobre 2022 1 Par Olivier - Ride Your Life
Temps de lecture estimé : 8 minutes
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« Bad News », c’est le très gros hit – issu de l’album « Street Fever » publié en 1980 – du discret, talentueux et prolifique Moon Martin.

Discret, parce que pour ce qui est de trouver des informations sur Moon Martin sur le web, c’est plutôt la misère, et que pour couronner le tout, tu trouves plein d’infos contradictoires, notamment concernant son année de naissance.
Généralement, tu trouves des copier-collers d’une bio maigrichonne.

Alors j’ai pris mon casque audio, afin de mieux savourer ses chansons, puis ma loupe et ma pioche afin de te trouver un max d’infos.


Sommaire :


1- La chanson Bad News version originale de Moon Martin

2- De quoi qu’ça cause ?

3- Moon Martin : une carrière discrète pour un gros travailleur

4- Cover

5- Bonus track

En Savoir Plus >>


1- La chanson Bad News version originale de Moon Martin


– Source : Youtube | Moon Martin / Bad News –

Ben voilà, ça c’est du rock, comme dirait Marty McFly dans le premier volet de « Retour vers le Futur ».

Cette chanson a connu un important succès, principalement en Europe, et notamment en France.

Bravo mon beau pays, là tu as eu le sens du discernement (parce qu’il t’est également arrivé de laisser passer des perles, mais je t’aime, quoi qu’il en soit).

Sinon, quelle est la mauvaise nouvelle que la chanson annonce au travers de son titre ?
C’est parti pour le de quoi qu’ça cause.


2- De quoi qu’ça cause ?


Sommairement : d’un enfant « mal né » dans le sens de non désiré et/ou mal (ou carrément pas) aimé, qui, forcément, devient un adulte malheureux et paumé.

« I’m bad news
It’s born in my blood
»

Ce passage laisse effectivement penser à un enfant non désiré / non aimé.

C’est cette thématique qui m’a fait choisir la photo de couverture du présent article.

Le sens (de ce que je comprends) de cette chanson m’évoque le texte du Bohemian Rhapsody de Queen.
Autre point commun, les 2 titres sont les chansons signature de leurs auteurs.

Ah ben si. J’ai bien parlé du texte, ne cherche pas un air d’opéra derrière Bad News, y en a pas.

« Mama, tell me what is wrong
That every time I sing this song
You know I find you on my mind
»

La présence obsessionnelle d’une maman dans les pensées du fiston.

« Whispers of what you’ve done
Crazy I bought a gun
My fingers to your window
Whiskey’s on my clothes
»

Secret familial sulfureux, folie du rejeton mal aimé, fin bourré et qui scrute sa darone au travers de sa fenêtre…

Alors oui, c’est plutôt glauque, et ça s’appelle Bad News, pas Good News !


3- Moon Martin : une carrière discrète pour un gros travailleur


Les débuts

Moon Martin – né John David Martin en 1945 (sur plusieurs bios, il est indiqué 1950, mais non, il est né en 1945 à Altus) – est originaire de l’Oklahoma.

Si cet état des USA n’est pas si proche que cela de l’Ohio et que ça me prive donc d’un jeu de mots, L’Oklahoma, c’est juste au sud-ouest du Midwest (mais ça n’en fait pas partie), ensemble d’états considérés par les new-yorkais et autres citadins comme le trou du cul de leur pays.

Forcément, citer les photographes et peintres à la con ou les acteurs / chanteurs / animateurs TV des grandes villes côtières, c’est plus reluisant (dans les milieux autorisés) que de parler des péquenots. Je ne fustige pas particulièrement les USA pour cela, nous avons sensiblement la même vision en France (sauf qu’en France, ça se résume à peu près à « y a Paris, puis y a les bouseux »). Un genre de vision à la commandant Sylvestre, appliquée aux USA.

Pourtant, l’Oklahoma, c’est un des berceaux du jazz. Parce cet état est aussi (et surtout) une terre d’accueil / refuge pour de nombreux rescapés des nations dites amérindiennes (c’est à dire de vrais Américains) et de nombreux ressortissants de multiples nationalités. C’est un état extrêmement brassé (encore plus que le yogourt bulgare, c’est dire), culturellement parlant.
Et bordel, Chuck Norris vient de là-bas ! Brad Pitt également, ainsi que Ron Howard (oui, le Richie de Happy Days, devenu réalisateur de blockbusters).
John Steinbeck en a également d’ailleurs le point de départ de la famille Joad dans Les Raisins de la Colère.

Bref, non, cet état n’est pas le trou du cul des USA.

Musicalement, c’est bon terreau, puisque sa population résulte d’un joli melting-pot.

Bref, ça n’est pas un article sur fond de géographie états-unienne, mais bon, hein, voilà quoi.

Où en étais-je, au fait ?

Donc le John David qui allait être connu sous le blaze de Moon, il tombe dans la musique et suit des cours auprès d’un certain Lou Vargas, auquel il exprimera sa reconnaissance en lui dédiant ses disques.
Son surnom « Moon » lui aurait été attribué car – parait-il – il utilisait souvent ce mot dans ses chansons (ce que – je te l’avoue – je n’ai pas vérifié – mais l’anecdote est reprise pour ainsi dire sur tous les sites qui parlent de lui).

Il se met à tourner avec divers groupes et se prend de passion pour le rock à Billy, enfin le rockabilly. Comme Brian Setzer, mais ceci est une autre histoire et comme il y a moyen que je t’ai déjà perdu(e) entre L’Oklahoma et l’Ohio, je ne développe pas plus que cela.

Il a également été influencé par la country, la pop, le rock, bref par à peu près tout ce qui avait pu émerger ou existait déjà durant son adolescence.
Moon a toujours conservé de ce fait une grande affection pour son état de naissance, et répondit notamment ceci lorsque la question de ce que l’héritage musical laissé par l’Oklahoma lui avait laissé :

« Experience in live music, an understanding of the mixture of country and black music that is rock and roll, and the fact a lot of good musicians came from the state challenged me to be better »
– Source : site web OklahoMan

Si Moon étudie le droit à l’université, il n’a aucune envie de devenir juriste ou banquier, mais bien musicien.

Il forme le groupe de rockabilly The Disciples (ultérieurement renommé Southwind) avec des potes.
À la fin des années 1960, ils prennent la direction de Los Angeles, un patelin situé en Californie, parce que bordel, les pow-wows et les rades de l’Oklahoma, c’est sympa, mais c’est là-bas (à LA) que ça se passe, le gros du bazar du rock’n’roll.
Ils enregistrent 3 albums qui rencontrent un succès modéré, mais – parait-il – valent le détour (mais j’les ai pas, j’peux pas en dire plus).

Au fil de sa carrière et fort d’une vraie expérience dans le domaine de la scène, Moon (avec son groupe The Disciples / Southwind) a notamment joué avec quelques noobs : Jimy Hendrix, Janis Joplin (il a assuré les premières parties de plusieurs de leurs concerts) et ma Linda Ronstadt chérie.

En 1973, le groupe The Disciples voit ses apôtres se séparer.
Moon se focalise alors sur l’écriture : textes et musique. La musique, c’est sa passion, être frontman, ça ne l’est pas forcément. Ce qui ne l’empêchait nullement de proposer des prestations scéniques énergiques et des concerts de grande qualité.

Sa chanson « Cadillac Walk » est reprise par Mink DeVille en 1977, et obtient alors un certain succès.


La reconnaissance en tant qu’auteur-compositeur :

– Source : Youtube | Moon Martin / Cadillac Walk –

Ouaip, j’suis d’accord avec toi, ça sonne comme du Jerry Lee Lewis, au niveau piano.
Et ça groove bien, c’est bien tonique, nous sommes à la limite d’appeler le docteur tellement c’est énergique.

En 1978, il publie son premier album studio solo (après en avoir publié plusieurs à l’occasion de sa participation à divers groupes) : Shots from a Cold Nightmare, dont une certaine chanson – Bad Case of Lovin’ You (Doctor Doctor), oui je sais, j’ai un sens de la transition qui défie l’entendement – fera l’objet d’une reprise en 1979 par Robert Palmer, qui en fera un gros succès (Robert était en pleine bourre à ce moment-là, puisqu’il venait de sortir Every Kinda People l’année précédente).

– Source : Youtube | Moon Martin / Bad Case of Lovin’ You –

Le succès en tant qu’artiste solo :

C’est en 1980 que Moon obtient une grande notoriété internationale avec son single Bad News.

Oui, nous y voilà ! Exactement comme je t’ai déjà dit au début de cet article.

Là, il y a un genre de phénomène paradoxal : Moon va effectivement cartonner bien plus en Europe qu’aux USA (je n’ai pas les statistiques de vente pour l’Oklahoma, j’peux pas te dire si sa terre natale l’a honoré en ce temps-là).

Moon ne constitue pas un cas isolé en la matière. Un groupe (brillant, au passage) tel que Cock Robin et tout particulièrement son génial chanteur Peter Kingsbery pour les USA, ou Murray Head (génial également) pour la Grande-Bretagne, ont également connu ce destin étrange.
Deux anglo-saxons parfaitement francophones et tout à fait francophiles s’il en est.

Pourquoi ?

C’est complexe, et si quelqu’un détient la recette du succès, sa formule doit être conservée dans un coffre-fort.

Pour ma part, j’y vois simplement l’illustration de divers facteurs, dont le « au bon moment, au bon endroit ».

Une chanson telle que Cadillac Walk aurait peut-être eu bien plus de succès si elle était sortie en 1974, juste après le film American Graffiti – film qui honore le rock’n’roll des pères fondateurs et dont je cause brièvement au sein de cet article.
D’ailleurs, parlant de American Graffiti, de sa BO et donc de Del Shannon, il se trouve que Moon a collaboré avec lui.

Ça, c’est le timing et ses répercussions sur la vie des œuvres.

Bref, ainsi en advient-il parfois.


Suite de la carrière de Moon Martin :

Moon a encore publié plusieurs albums dont l’un – Mixed Emotions (1985)- ne sera publié qu’en France.

En 1993, FNAC Music publie les albums Dreams On File ainsi que Bad News Live, qui confirme l’intérêt du public pour le chanteur (musicalement et affectivement) adopté par la France.

Moon publiera encore 2 albums studios avant de se retirer du devant de la scène, et de savourer une retraite médiatique, sans pour autant cesser de chérir la musique et sa guitare.

En mai 2020, le guitariste Rick Vito annonce le décès de son ami Moon, retrouvé inanimé chez lui, sur son rockin’ chair, la guitare à la main. Il travaillait sur l’enregistrement d’un nouvel album depuis quelque temps.
Une fin de vie d’artiste riche d’une belle carrière, loin des caméras.


4- Cover de « Bad News » de Moon Martin par Romain Podeur


Figure-toi que je suis très content, sur ce coup-là, d’avoir trouvé un p’tit gars de chez nous qui propose un cover ma foi fort bien pensé et livré de cette chanson.

Il s’appelle Romain Podeur, et il y a un article en préparation à son sujet, parce que sa manière de reprendre la chanson – outre ses qualités en tant que chanteur et guitariste – a piqué ma curiosité.

Cover par Romain Podeur :

– Source : Youtube | Romain Podeur / Bad News (cover Moon Martin) –

Tiens, j’te livre en avant-première un extrait de l’interview de Romain (à paraître sous peu sur RYL) :

« Cette fois-ci, je me suis assis et j’ai eu envie de la jouer. Mais pour l’anecdote, le guitare/voix en jouant le fameux riff de Bad News n’était pas évident pour moi en terme de synchronisation ! Et puis je flairais aussi que ce ne serait pas intéressant ou un peu vide. J’ai donc trituré un peu le morceau, l’ai ralenti, changé la rythmique, mais gardé la ligne de voix et les accords bien sûr, et c’est devenu cette ballade un peu sombre. Cela reflète bien ma façon de travailler, une erreur ou une difficulté rencontrée, qui m’inspire une idée pour l’esquiver, et c’est parti ! »

Ben voilà.

Beau gosse (avec de faux airs de Kurt Cobain ou de Ben Orr), talentueux et malin, le Romain.
Et puis j’ai eu une explication détaillée qui m’a permis de comprendre le travail intelligent derrière ce cover et qui a fait qu’il m’a agréablement interpelé les oreilles.


5- Bonus track


La version de « Bad Case of Lovin’ You (Doctor Doctor) » par Robert Palmer :

– Robert Palmer / Bad Case of Lovin’ You (cover Moon Martin) –

Alors, pourquoi la reprise de Robert Palmer a-t-elle eu plus de succès ?

Tu peux chercher des explications artistiques / techniques : version plus péchue, arrangements plus accrocheurs etc.

Pour ma part, j’y vois une nouvelle fois le fait que la passion de Moon Martin pour la musique, c’était celle de l’écriture, du jeu, mais que peut-être il n’avait pas spécialement envie d’être frontman.


Finalement…


Quoi qu’il en soit, Moon Martin laisse une empreinte de grande qualité au travers de ses œuvres, et plusieurs d’entre elles sont connues sans qu’on sache forcément qu’elles sont de lui.

Discret, travailleur et talentueux, tel était Moon Martin, parti rejoindre les anges en mai 2020, donc, à l’âge de 69 ou 74 ans selon les biographies (on se croirait tout de même en plein épisode de l’Histoire de France médiévale tellement c’est imprécis).


Prochainement, l’article sur Romain Podeur sera en ligne.
Stay tuned on RYL!

EDIT : c’est fait, ici-même >>


Bisous mes chéris 🙂

Olivier


En Savoir Plus (sur les thèmes abordés au sein de l'article)

En Savoir Plus :


  • Article Wikipedia sur la chanson « Bad News » de Moon Martin >>
    Comment ça, y en a pas ? Ah ben non. La Direction te prie de bien vouloir l’excuser.

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Sources documentaires :

Wikipedia
https://rockandrollparadise.com/moon-martin-5-20/
https://eu.oklahoman.com/story/entertainment/columns/brandy-mcdonnell/2020/05/17/oklahoma-power-pop-songwriter-moon-martin-dies/60400279007/
https://www.allmusic.com/artist/moon-martin-mn0000591124/biography



Auteur de l’article :

Bad News de Moon Martin
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