Eloise de Barry Ryan

Eloise de Barry Ryan

15 septembre 2022 0 Par Olivier - Ride Your Life
Temps de lecture estimé : 8 minutes
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Eloise de Barry Ryan : voilà bien un – si ce n’est LE – titre phare du répertoire pop britannique des années 1960.

Morceau hors-normes riche en variations et bénéficiant d’une orchestration bien poilue, puis d’une écriture habile de la part de Paul Ryan et pour parfaire le tout d’une interprétation magistrale de la part de son frère Barry.


Sommaire :


1- La chanson
Ouaaaaaaaiiiiiiiis !!!

2- L’enregistrement
Et pas que. Y a un p’tit coup de « De quoi qu’ça cause » ; forcément.

3- Covers
Je n’ai rien trouvé de très excitant… mais bon, hein, voilà quoi.
Une belle performance de Carlos Garcia, toutefois.

4- Bonus track
Une version live 50 ans après la sortie du titre.
Performance brillante.


1- Eloise de Barry Ryan | La chanson


– Source : Youtube | Barry Ryan / Eloise –

Nous sommes en 1968, année de la mûre (nan, cherche pas, c’est une connerie ayant pour but d’annoncer 1969).

Les frères jumeaux Barry et Paul Ryan (oui c’est un pseudo, leur vrai blaze était Sapherson, mais ça faisait trop de syllabes pour vendre des disques, tout ça, alors ils ont opté pour le nom de moman – Ryan, comme tu l’auras deviné), enfants de la balle (Maman Marion a connu un certain succès dans le monde de la chanson, après avoir débuté – au culot – aux côtés de Ray Ellington, et Papa Fred vendait des antiquités, non, je t’en prie, ne m’entraîne pas sur ce terrain-là), débutent leur carrière au milieu des années 1960. Pile au milieu, d’ailleurs, à savoir en 1965. L’affaire fonctionne bien (8 singles classés dans le top 50 UK en 2 ans).

Mais l’année 1968 va les propulser dans l’espace, un an avant que la mission Appolo 11 n’envoie des cousins états-uniens voyager parmi les Sélénites.

Parce que oui, nous y sommes, cet enregistrement a constitué un véritable tournant dans le domaine de la musique pop-rock.

Allez, faisons un détour par les studios d’enregistrement.


2- Eloise de Barry Ryan | L’enregistrement


À chanson épique, enregistrement épique.

La composition signée Paul Ryan – qui s’est retiré du devant de la scène et se consacre à l’écriture – est couillue à souhait : orchestration soignée, changements de rythme, arrangements vocaux en rapport avec les capacités exceptionnelles de Barry.

Et ça n’est pas tout.

Dans le line-up studio, il y a notamment deux noobs : Jimmy Page et John Paul Jones. Ces deux-là investiront la même année dans une compagnie aérienne utilisant des dirigeables, laquelle obtiendra quelques succès d’estime (plus de 100 millions d’albums vendus).

L’enregistrement donne lieu à une véritable excitation de la part des musiciens. Après que toutes les parties aient été enregistrées, ils se ruent vers la console et commencent à écouter l’ébauche de mixage, comprenant qu’ils venaient de participer à quelque chose de spécial.
Ils en sont convaincus, ça va faire un carton.

Et ils ont bien raison : le disque devient numéro 1 dans une douzaine de pays, en Europe, en Afrique, en Asie du sud-est et jusque en Océanie. Du côté de l’Amérique, ça cartonne au Mexique (j’suis sûr que ça a aussi cartonné dans d’aut’s pays, mais on ne nous dit pas tout). Les États-Uniens eux ne sont pas prêts. La Brit’ Invasion ne bat pas encore son plein, et pire du pire, la version US est une version outrageusement tronquée, afin de satisfaire au diktat du format de moins de 3 minutes (moi j’ai toujours dit qu’il ne fallait pas donner du caviar musical aux cochons de l’industrie du formatage). Au Canada, le succès est moindre également.

Plus de 3 millions de copies écoulées au niveau mondial, et la première marche loupée de peu à domicile (chez nos copains mangeurs de jelly).


De quoi qu’ça cause ?

D’un énième drame résultant de la cruauté des femmes, voyons. Une rupture laissant le narrateur sur ses genoux, priant pour que la belle daigne le rappeler à ses côtés.

L’histoire se répète inlassablement avec une fois encore une certaine perte de dignité de la part d’un pôv’ éconduit qui demande pitié à la belle évaporée ; en vain. Eva porée, Eva nouie, Eva te manquer… N’insiste pas, elle ne reviendra pas.
Mais c’est tellement jouissif musicalement que j’accorde l’absolution totale à ce génial auteur-compositeur qu’était Paul Ryan.


Les frères Ryan et la postérité de leur œuvre

Les frères Ryan sont entrés dans la légende avec leur chanson Eloise, passant du rang de stars à celui de superstars (t’as 2 étoiles de plus sur le képi dans ce cas).
Et vont susciter un vif intérêt auprès de groupes et chanteurs divers.

Notamment d’un certain Freddie Mercury, négociant en tubes et en performances vocales, musicales et scéniques.

Dans une interview, Barry déclarait ceci, répondant au gazier qui lui demandait s’il savait que ce titre avait eu une influence sur l’enregistrement de Bohemian Rhapsody (tiens, profite de cette allusion pour te délecter d’un cover qui déchire) :

« He was influenced by it. He really, really liked it and also he used it as an argument to release Bohemian Rhapsody because his record company didn’t want to release it but he said “That Barry Ryan had a big five and half minute hit. Why can’t we do it too? » »
– Source : https://thestrangebrew.co.uk/interviews/barry-ryan-interview/

Ben ouais, d’abord, hein.


Passons maintenant en salle d’écoute, avec une sélection de covers plus ou moins… Plus ou moins, en fait.


3- Sélection de Covers de la chanson Eloise


J’ai écrit « je n’ai rien trouvé de bien excitant », mais il y a du bon… et du… euh…

Il n’y en a aucun qui m’a vraiment fait frétiller (en fait si, celui de Carlos Garcia), mais contrairement à moi, tous ces artistes ayant eu le courage de proposer leur version, je respecte cela en te les proposant, te donnant ainsi un aperçu de ce que tu pourras trouver sur Youtube.
Parce que finalement, que leur prestation me plaise ou pas, cela reste une affaire de goût, et même si je me convaincs parfois du contraire, mon sens du bon goût n’est pas universel.

(je ne crois pas un mot de ce que je viens d’écrire)

Et ils ont fait l’effort. Eux.

(ça, par contre, je le pense vraiment)

Je commence par le euh…


Le cover euh… :

– Source : Youtube | Helena Cinto / Eloise (cover Barry Ryan) –

Je passe vite fait sur le début de la vidéo avec les gloussements, ça doit être pour la mise en condition psychologique (la nôtre ou la sienne, j’sais pas trop).

Ensuite, au niveau de la voix, j’ai à l’occasion de certains passages l’impression d’écouter Véronic Dicaire imitant Vanessa Paradis. Durant d’autres passages, j’ai envie d’appeler la police ou encore de pratiquer une cérémonie de magie blanche voire un exorcisme.
Allez, je vais tout te dire franco de port sans TVA : cette version me fait chier au plus haut point.

Afin de ne pas rester sur ma déception, qui est peut-être liée au fait que je surkiffe cette chanson, j’ai écouté d’autres covers de sa part. Je me suis tout autant fait chier.
C’est pas qu’elle ne sache pas chanter (même si parfois ça part vraiment en couilles sur certaines vocalises), c’est juste que je trouve qu’elle chiante plus qu’elle chante.

J’suis pas Helena Cinto sensible / compatible. Ce qui ne présage en rien de son éventuel talent, mais voilà, ça n’est vraiment pas ma came.

Par contre, je la trouve plutôt jolie.
Comment ça c’est macho comme remarque ? Pas du tout, je cherche juste une raison de ne pas me pendre après avoir écouté cette purge.


Le cover mou du genou :

– Source : Youtube | The Damned / Eloise (cover Barry Ryan) –

Je crois que c’est le cover le plus connu de Eloise.

Les éléments étaient pourtant réunis pour que ça donne quelque chose de meilleur. Mais voilà, sometimes, shit happens.

Si Dave Vanian est objectivement un chanteur qui maîtrise bien son art, je trouve ce cover terriblement mou du genou et la performance de Dave assez plate. Oui, c’est cela en fait, elle manque de relief. Il a du mal à sortir de son registre naturel de Baryton (mais pas de Barry Ryan). Ce n’est pas une critique, mais disons qu’une chanson comme Eloise, je pense que soit tu la récréées complètement (et là c’est open bar(ry)), soit tu t’attaches à suivre les variations de tonalité de Barry.
L’entre-deux donne ce genre de résultat qui personnellement me laisse sur ma faim et me donne envie de bailler. Ou de brailler.


Le cover pré-confinement :

Dès 2018, z’ont eu une vision ces gaziers, un genre de présage, et ils se sont dits que ça serait bien de se réunir virtuellement pour reprendre une chanson tout en étant concrètement enfermé chez soi.

– Source : Youtube | J’ai pas bien compris le nom / Eloise (cover Barry Ryan) –

Bon… Un cover, c’est aussi une réinterprétation libre d’une chanson…
Mais alors la trompette en ersatz de section cuivres, par moment trop présente et presque isolée, comment te dire, là, je trouve que ça ne matche pas bien. J’ai l’impression d’entendre une de ces fanfares de nos villages, avec ce sentiment que tu n’écouteras plus jamais certaines chansons sans te souvenir d’un massacre voire sans ressentir une certaine angoisse.

Sinon, le chanteur – en-dehors du fait qu’il a une bonne tête et qu’il me fait penser à Arrow Benjamin (qui accompagne Beyoncé sur le titre Runnin’), il chante bien, mais une fois encore, c’est assez mou du genou.

Un bel effort de recréation, mais je n’adhère pas : j’ai hâte que la cloche sonne la fin de la récréation.


Le cover qui a du poil :

– Source : Youtube | Carlos « Voces » Garcia / Eloise (cover Barry Ryan version Tino Casal) –

Ce cover est un cover de cover

Le chanteur espagnol Tino Casal avait repris ce titre dans les années 1980, avec une belle performance vocale (et sur un arrangement musical qui me file les j’tons et/ou la nausée – affaire de goût, une fois encore).

Carlos « Voces » Garcia – également chanteur de son état – rend hommage à cette version, et délivre à mon sens le meilleur cover de la sélection, grâce à une voix puissante et bien maîtrisée – assez typique des chanteurs de métal – et des variations bien menées.


L’adaptation en Français par Claude François :

Oui, c’est not’ Cloclo qui s’y est collé, et ma foi, j’apprécie.
Notamment plus que certains covers proposés ci-dessus ; j’me comprends.

– Source : Youtube | Claude François / Eloïse (adaptation en Français) –

Eloïse a gagné un tréma sur le i, francisation oblige.

Alors je sais, il y a des réfractaires / allergiques à Cloclo. Si tel est ton cas, prends une aspirine et ça va passer.
Pour ma part, je trouve qu’il s’en sort très bien. Vocalement, déjà.
Après, pour ce qui est de la chorégraphie, ben c’est du Cloclo, ça bouge en chœur avec les gambettes des Claudettes (ou Clodettes, j’ai vérifié, les deux graphies sont walides).

Fin’ bref, good game Cloclo and Co.


Ce qui est intéressant dans plusieurs de ces covers, c’est de réaliser une fois encore combien ce titre a marqué les années 1960 et bien au-delà, avec son côté assez avant-gardiste, annonçant notamment le prog’ et intéressant de nos jours encore des artistes de mouvances telles que le punk et le métal, qui en reprenant la chanson reconnaissent ainsi son statut de chanson atypique, véritablement hors-normes pour son époque. Et putain de challenge, donc bravo à tous de vous y être frottés.

Et ça, finalement, c’est le plus bel hommage qui pouvait être rendu aux frères Ryan.


4- Bonus track


– Source : Youtube | Barry Ryan + orchestre / Eloise (live 2018) –

J’ai choisi cette version live, chantée 50 ans après la sortie du titre. Il s’agit probablement de l’une de ses dernières prestations live, et ça n’est pas rien.

Parce que franchement, sa voix est restée exceptionnelle, avec ce timbre magnifique, et ce mélange de puissance et de maîtrise vocale qui me met les poils. Parvenir à cela à 70 ans, ben grand respect Barry, t’as pas fait chanteur par dépit, y a pas à tortiller.


À bientôt pour de nouvelles (et trépidantes) aventures musicales


Nous voilà parvenus au terme de ce nouveau voyage dans le temps.

Si Henry IV déclara jadis « Paris vaut bien une messe » (afin de justifier sa conversion religieuse), Barry et Paul valent bien au moins un article sur RYL, nom de j’sais pas qui.

Nous nous retrouvons sous peu pour de nouvelles aventures musicales avec, forcément, du bon, du très bon.


Bisous mes chéris 🙂

Olivier



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Crédits :

Illustration principale : Image par Peter H de Pixabay
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Sources documentaires :

Wikipedia



Auteur de l’article :

Eloise de Barry Ryan
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