Le Minitel : avant Internet

Le Minitel : avant Internet

4 décembre 2019 0 Par Olivier - Ride Your Life
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Minitel : un mot étrange pour les plus jeunes générations, un souvenir pour les plus anciens.

Il y avait surtout du texte, et quelques images à faible résolution.


Le Minitel : avant Internet
– Source : « Minitel 2 » by zigazou76 is licensed under CC BY 2.0 – Un Minitel –

Nous allons passer en revue l’histoire de cette machine qui a révolutionné les télécommunications en France.


Salut les loulous,

Minitel : un mot étrange(r) si vous avez moins de 30 ans… et qui vous fera verser une larme (ou pas) si vous avez mon âge, ou plus.
Et si vous avez entre 30 ans et 52 ans… je vous laisse choisir :p

Nous poursuivons donc notre Mois du Vintage en (re)découvrant un étrange appareil que beaucoup d’abonnés téléphoniques avaient chez eux dans les années 1980 et 1990.


Le Minitel, c’est notamment et avant tout un immense succès technologique et commercial de l’opérateur télécom historique français – Direction Générale des Télécoms, devenue France Télécom puis Orange – et de ses partenaires : le CNET en tête, et les sociétés privées qui ont contribué à son développement.
En ces temps troublés de perte de confiance dans la valeur de la France par certains – qui tendent à la rabaisser (et nous avec), il est bon de le rappeler.


Sommaire du Billet « Le Minitel : avant Internet » :


1- Qu’est-ce que le Minitel ? >>

2- La Télématique >>

3- Développement du Minitel >>

4- La transition vers Internet >>

5- La fin de l’aventure du Minitel >>

6- Conclusion >>


Qu’est-ce que le Minitel ?


Un objet technologique du passé.

Car oui, le Minitel n’est plus. Enfin ne sert plus à autre chose qu’à décorer (ou à servir de base pour des bricoleurs audacieux).


Le Minitel, concrètement, qu’était-ce ?

Le Minitel était un terminal qui permettait d’accéder à des services distants – annuaires, VPC (Vente Par Correspondance), services bancaires, services de rencontre – un très gros business (3615ULA, ça vous parle ?) – et autres.

Ces services transitaient par un réseau – Télétel – qui a été exploité du début des années 1980 à mi 2012.


Comment le Minitel fonctionnait-il ?

Les PTT – ultérieurement scindés en 2 entreprises : La Poste pour le courrier (et services associés) puis France Télécom (pour les télécommunications – devenue la société Orange par la suite) – l’opérateur téléphonique historique, mettai(en)t à disposition de ses abonnés un terminal, d’abord en location (les PTT puis France Télécom ont très longtemps loué les téléphones (et autres terminaux), la vente n’a été mise en place que durant les années 1990) puis ensuite à la vente.

Pour simplifier la suite de ce billet, je parlerai de France Télécom pour désigner l’opérateur téléphonique historique.

Les abonnés disposant d’un Minitel pouvaient alors se connecter à des services distants en composant depuis leur terminal un code (selon les différentes époques et évolutions qu’a connu l’exploitation du système) – 3611 / 3613 / 3614 / 3615 / 3616 – suivi d’un suffixe (le nom du service).

Le type de code induisait une facturation à la minute (et parfois un coût d’accès) différente.
Au départ, seul l’accès au service était facturé en tant que télécommunication (dans les années 1980, les abonnés payaient un abonnement ET un coût à la minute pour le téléphone). Par la suite, des systèmes de taxation supplémentaire sont entrés en lice afin de financer des services spécifiques.

Car oui, se connecter à un service représentait un coût pour l’usager.
Ce coût permettait de rémunérer France Télécom ET (ultérieurement avec le système dit du « kiosque ») les sociétés qui déployaient des services de ce type.


Vidéo de connexion à un service Télétel :

Au début de la vidéo, vous pouvez entendre le son de la porteuse, notamment caractéristique des services Télétel, des télécopieurs (fax) et des modems.


La Télématique


Le terme « Télématique » est un « mot valise » composé à partir de Télécommunications et Informatique.

La Télématique est donc au cœur de ce que sont devenues les télécommunications modernes.

La France – notamment au travers du CNET (Centre National d’Étude des Télécommunications) – a même été à la pointe dans ce domaine depuis le début des années 1960.

Je ne vais pas vous en retracer l’histoire complète, Wikipedia le fait fort bien.


Développement de la Télématique en France :

Le réseau Cyclades a été le premier projet très sérieux développé dans le cadre de l’exploitation de la télématique en France.
Porté par des organismes de pointe, dont le CNET, ainsi que par des pointures de ces technologies naissantes, dont le génial Louis Pouzin, ce projet peut-être considéré comme un parallèle / complément des travaux d’Arpanet (la genèse de ce qui allait devenir Internet) aux USA.

Suite à diverses turpitudes que je qualifierais de technico-politiques, le projet Cyclades a été abandonné, au profit du réseau Télétel, qui exploitait le système / réseau Transpac.

Quoi qu’il en soit, le réseau Télétel a pris de l’ampleur et a supporté de très nombreux services accessibles depuis le Minitel.

La Télématique est une discipline qui a conditionné le développement des télécommunications modernes.


Développement du Minitel


Une fois le nouveau projet de réseau validé, le développement conjoint du réseau et des terminaux a commencé – principalement au niveau européen.
On parlait alors du système Vidéotex, d’une manière générique, Minitel étant le nom du terminal développé en France.


Le cas particulier de la France :

C’est en France que le système du Vidéotex a connu le plus de succès au travers du Minitel.

Un vrai succès français, tant sur le plan commercial que sur le plan technique.

Testé dans un premier temps dès 1980 à une échelle réduite en Bretagne (Ille-et-Vilaine pour être précis) ainsi que dans quelques communes de l’ouest parisien (autour de Versailles).

Les premiers services proposés furent principalement des annuaires téléphoniques (l’informatique devait « tuer le papier »… mais ça, c’était avant l’explosion du marché de l’informatique personnelle et des imprimantes) et quelques services locaux d’information.


De l’expérimentation à l’exploitation commerciale :

C’est en 1982 que l’expérience a pris de l’ampleur en devenant un service officiel proposé par France Télécom, à l’échelle nationale.


Les premiers services proposés furent donc :

  • Les annuaires téléphoniques.

puis :

  • La Vente Par Correspondance.
  • Les transports (SNCF en premier lieu).
  • Les services bancaires (consultation de comptes, puis mouvements : virements etc…).
  • La presse.

Naissance des réseaux… sociaux ?

Assez rapidement après le lancement du Minitel, un nouveau type de service télématique commença à se développer : les services de messagerie.

Ceux-ci furent jugés anecdotiques par certains acteurs (qui souhaitaient / pensaient que le seul avenir de ce type de communication était la diffusion de l’information, par le blabla :p), mais les services de messagerie télématiques connurent un succès considérable.

Comme dans de nombreux cas pour les outils de télécommunication, les services de messagerie qui générèrent le plus de revenus furent des services de type « rencontrons-nous pour nous faire du bien ». Et je ne fais pas allusion à du Yoga…

Clairement, ce que l’on a qualifié à l’époque de « messageries roses » constitua les prémices des sites de rencontre tels que nous les connaissons actuellement (les photos en moins, qualité et concept graphique du Minitel obligent).

« Le cul, toujours le cul… »

Et ces messageries ont rencontré un succès considérable.

Michel Polnareff en a même fait une chanson :


Quelques terminaux Minitel :

Le Minitel : avant Internet
– Source : « minitel with card reader! » by believekevin is licensed under CC BY 2.0

Un meeting de Minitels :p


Un succès paradoxal :

Le Minitel a donc connu un succès considérable en France – bien plus que les autres services Vidéotex en Europe… mais il a aussi figé la situation à une époque où Internet a commencé à se développer.

Plus concrètement, à une époque où le projet de geeks militaires / scientifiques d’Arpanet est devenu un projet de « réseau des réseaux ».

C’est ce que nous allons voir à l’occasion du chapitre suivant.


La transition vers Internet


Le développement d’Internet :

Si Internet trouve ses racines dans le projet Arpanet, l’Internet tel que nous le connaissons de nos jours – le World Wide Web – est né dans les années 1989 / 1993, en Europe, au CERN de Genève.

Ce sont des chercheurs du CERN qui ont notamment développé le langage HTML, le protocole HTTP et le principe des URL. Les 3 piliers du Web tel que nous le connaissons.

Au niveau mondial, la naissance du Web entraîne un développement important de ce mode de communication, totalement révolutionnaire, d’autant qu’à part en France, le Vidéotex a connu peu de succès dans les autres pays.


Le paradoxe français :

Oui, encore un paradoxe français :p

Alors qu’à partir du milieu des années 1990, Internet a commencé à se développer fortement dans le monde, il a tardé à connaître le même essor en France.

Cela est en très grande partie dû au succès du Minitel.

En effet, la France – forte du succès de son service Vidéotex, de son parc imposant de Minitels et de certains freins… disons idéologiques – a buté un moment sur la transition difficile du Minitel vers Internet.


Au sujet de la migration en France :

J’ai retrouvé un article fort intéressant :

Article sur la migration du Minitel vers Internet | l’Usine Nouvelle >>

Si cela vous a échappé, l’article date de septembre 1997.

Vu comme cela, nous comprenons mieux une partie des raisons (techniques, ou pseudo-techniques, culturelles, commerciales etc…) qui ont conduit à une transition plutôt lente du Minitel vers Internet dans notre pays.


La fin de l’aventure


Malgré ces turpitudes, Internet a tout de même pu se développer au sein de notre beau pays.

Cela dit, les 2 réseaux / technologies ont toutefois coexisté, et ce jusqu’en 2012.

Force de l’habitude de certains abonnés (et probablement d’acteurs économiques qui gagnaient beaucoup de brouzouf avec le Minitel) aidant, le Minitel a même connu son émulation sur PC : un logiciel permettait effectivement d’accéder aux services Télétel… depuis un PC.

Cette situation de dualité a toutefois pris fin en 2012.


Ce que nous pouvons en retenir :

Il est parfois difficile de trier entre les objections disons factuelles et les fausses barbes, et cela est le cas concernant les raisons évoquées au sein de l’article cité ci-dessus.

Pour ma part, je retiens 2 faits qui me semblent évidents :

  • La force de l’habitude (et sans doute un certain manque de pragmatisme).
  • Le changement annoncé d’un modèle économique concernant l’accès à l’information.
    Les services accessibles via le Minitel étaient effectivement sujets à une facturation à la minute (et parfois à la connexion, en sus), là où le web – surtout du début – promettait du « tout gratuit », notamment l’accès à l’information.

Heureusement, en « grand sage », l’opérateur historique a toutefois su mettre en place un coût d’accès à la minute pour Internet, à ses débuts.

La véritable gratuité (relative) d’Internet – au niveau de son accès – est arrivée grâce à l’avènement de l’ADSL et de la libéralisation des réseaux de télécommunication.
Gratuité relative, donc, car il faut tout de même payer un opérateur. Mais au moins, en « surfant » sur Ride Your Life », vous pouvez rester aussi longtemps que vous le souhaitez sans vous soucier de voir votre facture téléphonique / opérateur bondir en flèche.


Conclusion


Le Minitel a été une formidable aventure française, et un réel succès.

Précurseur dans son domaine, son développement a en partie contribué à celui de l’offre de services sur ce qui allait devenir Internet.

Il reste des souvenirs à ceux qui ont connu cet appareil, et des idées parfois étonnantes chez des personnes qui ne l’ont découvert que dans le grenier de leurs parents ou grand-parents.

Il faut également retenir le fait que le Minitel – si désuet qu’il puisse sembler de nos jours – a été un exemple de la mise en œuvre de ce que d’aucuns appellent le « génie à la française ».

De nos jours, il y a un sentiment grandissant d’une France qui ne s’aime pas. Enfin pour être précis, surtout d’une France – et de son peuple – qui n’est pas aimée par une partie de ceux qui la dirigent. Pas qu’ils n’évoquent pas la « grandeur de la France »… mais en tout cas pas ou peu celle son peuple…
Souvent conspué, rabaissé par certains de ceux-ci, c’est pourtant de ce peuple que sont issus ceux qui font briller la France.

Les membres du CNET – et d’autres organisations – qui ont développé le Minitel et ses services associés font partie du peuple français et ont fait briller son génie à l’international.


Le Minitel inspire encore :



Suite du voyage dans le temps très prochainement avec d’autres billets dans la cadre du « Mois du Vintage ».


La zebi les loulous Ride Your Lifers 🙂


Encore plus de Vintage sur Ride Your Life :




Crédits :
Illustration principale :
« minite network test paris june 13 2011 » by believekevin is licensed under CC BY 2.0
Sources documentaires : Wikipedia
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