Disques Vinyles et Radio : Back in the USSR

Disques Vinyles et Radio : Back in the USSR

17 octobre 2022 0 Par Olivier - Ride Your Life
Temps de lecture estimé : 8 minutes
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Disques Vinyles et Radio | Back in the USSR, ou énième illustration de la créativité humaine en période de pénurie, censure ou boycott (super utile en 2022 et pour les années à venir).

Parce que du temps de l’URSS, si la musique du bloc de l’ouest était vue d’un œil plus que méfiant par le pouvoir en place, d’ingénieux soviétiques eurent l’idée de reproduire leurs disques vinyles préférés… à l’aide de clichés radio.
Si l’on dit souvent que la musique adoucit les mœurs, certains soviétiques parlaient de « musiques des côtes »…

On se refait tout de même le contexte, avant d’en causer.


Sommaire :


1- Musique, URSS et censure
Le Rock’n’Roll, le Politburo et les Stilyagi…

2- Copies de disques vinyles à l’aide de radiographies
Avec les disques vinyles numéro 1… à la radio :p

3- Bonus track
Issu d’une imagination qui défie l’entendement…

En Savoir Plus >>


1- Musique, URSS et censure


Parce qu’avant d’en arriver à reproduire des disques vinyles sur des clichés radio, les citoyens soviétiques ont vécu une censure systématique et pour le moins omniprésente dans le domaine des arts.

C’est en préparant un article sur un one-hit wonder (à paraître… un de ce jours) que j’ai relevé plusieurs commentaires de Russes indiquant que la chanson en question avait été jouée à l’occasion du mariage de leurs parents… du temps de l’URSS.

Là, forcément, ça a fait tilt :

What?! De la musique occidentale décadente à un mariage du temps de l’URSS ?

Bon sang, mais que faisait la censure ?

Alors j’ai cherché des infos sur la diffusion de musique occidentale du temps de l’URSS. En URSS, forcément, sinon intérêt limité.

À cette occasion, j’ai découvert le site Russia Beyond, qui permet de mieux connaître le quotidien des citoyens soviétiques. J’ai contacté l’équipe de support de ce site, et mon interlocuteur m’a envoyé quelques articles, dont celui-ci >>

Et là, découverte étonnante : les soviétiques amateurs de musique occidentale (rock’n’roll, jazz, pop…) avaient recours à des moyens étonnants afin de contourner la censure.


La plus grande marque des régimes totalitaires : la censure culturelle

Oui, ne nous y trompons pas : si les régimes autoritaires sont caractérisés par de nombreuses restrictions de libertés, celle qui a la plus grande portée est probablement la censure qui vise l’art, sous toutes ses formes.

Pourquoi ?

Parce que l’art peut souvent être subversif, provocateur, et donc dérangeant quand tu souhaites que les neurones de la population que tu souhaites contrôler ne pédalent que dans un sens.
Tu peux également étendre cela à la presse, qu’elle soit dite libre ou pas. Quand tout le monde pédale dans le même sens, ça sent le totalitarisme qui ne s’avoue pas comme tel.

Pense bien comme on souhaite que tu penses. Ou ne pense pas, c’est encore mieux, y en a qui pensent pour toi (et sont obsédés par ton bien-être).

Alors bien entendu, il y a censure et censure. Censurer l’apologie du meurtre, du viol, de la haine et autres vilénies de ce type, je le conçois volontiers (et adhère totalement).
Mais hélas, la définition de la limite semble assez malléable, quand tu vois certaines chansons dont les textes incitent au viol et au meurtre ne pas être censurées, là où des pochettes de disques avec un nibard dénudé déclenchent des saillies (si j’ose dire) de la part des coupeuses de roupettes, tu peux être amener à t’interroger sur les motivations des censeurs pas toujours sensés.

J’en profite pour rappeler cet article dédié au livre de mon ami Patrick – In Vinyle Veritas – dont je dois te causer de nouveau sous peu, vu que Patrick, il a tout vendu des 2 premières éditions, et que cet été, il a été plus fourmi que seagal cigale, et a donc bossé en mode try hard afin de proposer une troisième édition, encore enrichie, avec plus de pages, plus de photos, plus de contenu et toujours au même prix, ce qui constitue un acte limite subversif en cette période de reprise inflationniste.

Article détaillé à paraître prochainement au sein de ton web magazine préféré.


L’URSS et le rock’n’roll

Ça ressemble sinon à un oxymore, au moins à une association contre nature ?

Oui et non.

Dans les années 1960, l’Union Soviétique a vu naître un véritable mouvement rock’n’roll, qui n’a eu de cesse de se développer au fil des décennies suivantes.

Certes, il ne s’agissait pas de diffuser du Elvis Presley à la télévision, à l’heure de la soupe.
En fait, le pouvoir soviétique a peu à peu accepté l’émergence d’une certaine (et très relative) liberté individuelle, en parallèle de la doctrine collectiviste.
Parce que sous Staline, le deal était simple : l’art (musique, littérature, architecture, peinture, chiure) devait principalement consister en un hymne au patriotisme et aux vertus du collectivisme. L’individu était une variable d’ajustement (puisse Grand Skippy nous épargner ce triste sort…).

Bien entendu, officiellement, tout cela était très cadré.

Si les djeunz pouvaient rocker ou jazzer sans trop faire jaser (mais en Russe) tant qu’ils étaient étudiants, passé ce cap, ils avaient deux choix relativement simples : filer droit et rentrer dans le rang en adoptant une vie – ne nous mentons pas – plutôt routinière en bossant dans la fonderie locale, ou devenir un artiste assermenté. Et là, les rockers devenaient membre d’un « ensemble vocal et instrumental », sous le contrôle du politburo local. Autant te dire que c’était super fun.
Ils devaient donc eux aussi filer droit, ou devenir des rockers underground, et bien souvent aller bosser à la fonderie du coin s’ils comptaient gagner des thunes.

Mais quoi qu’il soit, cette tolérance très cadrée a pris de l’ampleur au sein de la société russe (principalement), et dans une certaine mesure contribué à l’évolution politique pour le moins accélérée que l’URSS a connue dans les années 1980.
En fait, le terrain socio-culturel commençait à être préparé pour qu’advienne The Wind of Change.
Amen.


Les Stilyagi : la contre-culture au sein de la jeunesse soviétique

Venons-en aux Stilyagi. Cette jeunesse soviétique assoiffée de contre-culture.

Les stilyagi, c’est ainsi que le régime nommait les « déviants » amateurs de coupes de cheveux variées (et donc de déviance capillaire, en somme), de vêtements plus ou moins copiés sur les modes occidentales (avec les moyens du bord, les habitants des pays pauvres ou vivant sous un régime totalitaire sont souvent des champions du monde en matière de DIY – Do It Yourself, popularisé dans nos pays par le mouvement punk) et de musique qui groove et provoque des épidémies d’envie de bouger le popotin sans être passé par les masterclass de danse classique ou contemporaine.
Disons qu’ils faisaient comme ils pouvaient pour pouvoir écouter clandestinement du jazz, du rock, de la pop, de la soul et tutti quanti.

Les stilyagi étaient donc les représentants d’une contre-culture, à l’instar des zazous dans les années 1940, puis des punks dans les années 1970, par exemple.

Et les p’tits gars, autant te dire qu’ils avaient déjà du mal à se procurer ce que nous trouvons (pour le moment) aisément dans tous nos supermarchés et autres commerces, alors autant te dire que des disques vinyles venant du bloc de l’ouest, c’était mission ardue que de s’en procurer : il est aisé d’imaginer que les magasins locaux n’en proposaient pas.

Et pourtant, il y avait une offre. Notamment parce que certains responsables soviétiques découvraient des choses qui plaisaient bien à leurs oreilles quand ils étaient en mission à l’ouest. Alors certains n’hésitaient pas à ramener dans leurs valoches quelques disques vinyles, pour eux, leurs proches, et bien entendu pour alimenter le marché noir, histoire de plumer leurs concitoyens et d’arrondir leurs fins de mois.

Qui dit marché noir dit souvent prix exorbitants, et les salaires ne l’étaient pas, eux. Enfin ils n’étaient pas dispendieux. Dans ces cas-là, tu fais appel à la créativité et à sa forme d’expression la moins onéreuse : le système D.

Nous allons donc voir maintenant comment les stilyagi et autres amateurs de musique du bloc ouest faisaient pour se procurer des copies de disques vinyles.


2- Copies de disques vinyles… à l’aide de clichés radio


Quand l’acquisition d’un disque vinyle via le marché noir pouvait coûter 1 voire plusieurs mois de salaire à un citoyen soviétique + quelques années de prison et diverses punitions sociales, c’était assez dissuasif.

L’idée géniale : reproduire des disques vinyles sur des clichés de radio

Si le pouvoir central avait mis en coupe réglée son peuple et interdit l’importation d’à peu près tout ce qui provenait du bloc ouest (mais incitait son industrie à copier nombre de technologies, outre ses productions propres), les amateurs de musique pop, rock and co voulaient tout de même en écouter. Moyennant quelques roubles (et en serrant les fesses pour que la police politique ne débarque pas durant la sauterie).

Il y avait quelques clubs tout autant clandestins que vaguement tolérés (application du principe du sifflet de la cocotte-minute : tu contiens la vapeur, mais pas jusqu’à explosion de la cocotte) qui diffusaient ce type de musique, et puis des fêtes privées carrément clandestines (et pas vraiment tolérées, d’après ce que j’ai compris, mais le KGB ne pouvait pas avoir l’œil de Moscou partout) permettaient de se réunir en catimini afin de savourer du Glenn Miller (symbole posthume de la culture US d’après seconde guerre mondiale – affront suprême pour le pouvoir soviétique) ou du Bill Haley et consorts.

Afin d’agrémenter ces fêtes de musique dites subversives, quelques ingénieux citoyens eurent une idée aussi brillante que le vinyle vernis qui fait le bonheur des amateurs de ces disques : produire des copies pirates… sur des clichés de radiographie.


Les disques vinyles sur des radios : « la musique sur les côtes »

Disques Vinyles et Radio : Back in the USSR
– Source : Image par oracast de Pixabay –

Dis tonton Youri, t’as encore ta radio des poumons ?
Oui oui, pourquoi ?
Donne-la moi, j’vais aller la mettre à la poubelle pour toi… Ça t’évitera de contracter une pneumonie en sortant
Mais comme tu es prévenant, mon petit…

Numéro 1 à la radio !

(sous un tonnerre d’applaudissements)

Et là, paf, en guise de poubelle, le cliché arrivait entre les mains de copains ingénieux, qui s’empressaient de reproduire un disque vinyle. Après le chicon ersatz de café, voilà la radio ersatz de disques vinyles.
Ne me demande pas quel était le procédé technique, je n’en sais foutre rien, et reste tout à fait émerveillé par le concept, néanmoins.

Ces disques étaient souvent désignés comme des « disques des côtes » ou l’on parlait de « musique sur les côtes », nombre d’entre eux étant reproduits sur des radiographies thoraciques.

Certes, il s’agissait de disques consommables rapidement, qui permettaient quelques écoutes, mais tu as bien compris que tout le monde n’avait pas une platine-disques chez soi, et que ça irait très bien pour pécho la belle Irina à la soirée de chez Boris (parce que ce soir, chez Boris… c’est soirée pécho).

Disques Vinyles et Radio : Back in the USSR
– Source : © Igor Beliy, beliy.ru

Il semble qu’un très grand nombre de ces disques de fortune aient tourné chez les Boris et autres copains organisateurs de soirées privées, de longues années durant.

Au prix actuel des disques vinyles, j’suis en train de me demander si ça ne va pas donner des idées à certains, ce truc… Les radiographies vont servir et connaître un cycle d’upcycling.
Ce que je ne t’invite pas à faire, bien entendu, parce que c’est mal.


3- Bonus track

(non issu d’un disque vinyle reproduit sur une radio)


Non non, ce bonus track n’est pas du tout téléphoné, si tu te réfères au titre de cet article…

– Source : Youtube | Paul McCartney / Back In The USSR (live @ Moscou) –

J’en profite pour t’apporter une information tout à fait capitale : Paul a TOUJOURS été mon membre préféré de The Beatles.


Prochainement au sein de ton web magazine préféré…


Des article sur des chansons (de ouf), un article sur la nouvelle édition de In Vinyle Veritas, et puis d’aut’s trucs, c’est certain. Peut-être notamment sur une présentation de quelques articles d’Igor (je vais me faire du Google Translate et un résumé, pour toi, parce que rien n’est trop beau pour nos lecteurs chéris).


Bisous mes chéris 🙂

Olivier



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Crédits :

Illustration principale : © Igor Beliy, beliy.ru
Musique et vidéos : Youtube et les ayants droit
Les sociétés, personnages et marques cités demeurent l’entière propriété de leurs détenteurs respectifs

Tous mes remerciements à l’équipe francophone de Russia Beyond et à Igor de BUJHM pour leur aide plus que précieuse


Sources documentaires :

https://fr.rbth.com/histoire/79532-dix-pratiques-quotidien-sovietiques
https://bujhm.dreamwidth.org/229091.html



Auteur de l’article :

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